Ils ne comprennent rien
Par Marc-André St-Pierre, vendredi 30 mars 2007 à 16:35 :: General :: #1 :: rss
La première conclusion qui saute aux yeux c'est le peu de subtilité de la grande majorité des discours tendant à démontrer que les québécois ne sont que des fieffés imbéciles. À ce titre, le Parti Libéral en sort champion. Pour eux, les québécois ont été des ingrats, principalement dans les comtés de Saguenay, du Lac St-Jean et de la Gaspésie. Dans le Saguenay, la volée de bois vert qu'a mangé le PLQ le rend cynique au point d'en vouloir carrément à l'ingrate population. Ici, la subtilité fait place à l'arrogance.
En Gaspésie, les deux soeurs ennemies du PLQ, Nathalie Normandeau et Nancy Charest n'ont guère été tendres elles aussi envers l'électorat. J'en ai parlé dans le dernier blog. Cependant, Nancy Charest continue à souffrir, semble t-il, de ce qu'elle considérerait comme un mauvais appui des équipes de Ste-Anne-des-Monts et Cap-Chat tout autant qu'elle considère "notre" vote comme un manque de reconnaissance envers le "travail" qu'elle a faite. Je ne sais pas si c'est une bonne tactique. Pas certain qu'elle aura de la facilité à mobiliser une équipe gagnante dans le coin si elle tire sur la présente à boulets rouges.
Il est facile de comprendre la frustration. Tant d'énergie, tant d'espoir, tant de temps, qui ne dépendent que de la perception que se font les électeurs du message apporté. Et, justement, la perception est un élément qui ne se comptabilise pas. Même les docteurs en psychologie ou les sociologues demeurent perplexes. Devant les innombrables calculs de probabilités sur le comportement humain ils restent à jamais incapables de résoudre quoi que ce soit. Ils inventent seulement des principes, en font une mode de quelques années et les politiciens, qui ne sont quand même pas des êtres désincarnés, embarquent là-dedans comme on se laisse parfois aveugler par une secte religieuse.
Si la connaissance des masses, si les comportements psychologiques étaient à ce point calculables, prévisibles, scientifiques, on ne confronterait pas deux spécialistes de la pensée humaine lors de procès, par exemple. Mais, tout le monde croit ces sornettes parce qu'on aime vivre superstitieux. Les psychologues, les premiers à s'être battus contre les superstitions après les religions superstitieuses, n'ont fait que réinventer la superstition. Aujourd'hui, tout le monde croit pouvoir analyser le comportement de l'autre parce que les manipulateurs d'esprits ont créé un catéchisme de codes à suivre pour adhérer à la croyance.
C'est ainsi que les politiciens écoutent les faiseurs d'images, les fournisseurs de textes préfabriqués. Ils essaient de jouer glamour!!! Et plus ils sont hauts dans la hiérarchie politique plus ils vivent de ces superstitions. Pourtant, les élections 2007 devraient leur sonner quelques cloches. Jean Charest a joué pépère et il en paie le prix. André Boisclair a d'abord emprunté une image misérabiliste, s'est assis sur une certitude de la gauche puis est devenu plus naturel. En virevoltant, il a donné l'impression d'instabilité, ce qu'il reprochait à Dumont. Mario Dumont a pris une allure populiste qui était suicidaire. D'ailleurs tous les autres partis le disaient. Tous les autres partis étaient certains que d'écouter ce que les gens avaient à dire, à confier, à gérer, allaient jouer contre Dumont. Aujourd'hui, "Super" Mario savoure l'opposition et il est passé bien près du pouvoir.
Malgré ces évidences, des centaines de post mortem des politiciens, des syndicalistes et d'une certaine population montrent que le tutti quanti de l'intelligentsia québécoise continue à camper sur ses positions. Et, vous savez quoi, ça ne changera pas. Deux exemples.
Je me souviens, quand j'étudiais à l'université, j'avais approché un professeur pour lui dire mon aversion du par coeur pour les examens. Surtout quand il s'agit de théologie. Le professeur en question m'avait dit que les choses étaient comme ça, qu'il n'y avait pas de raison d'y changer quoi que ce soit. Je lui ai alors demandé quelle attitude il avait eu dans les années 60 quand les prêtres avaient délaissé leur soutane, certains avaient défroqués et ainsi de suite. C'est avec un large sourire qu'il m'a raconté le plaisir que lui et ses confrères avaient eu à faire changer des choses. Je lui ai demandé pourquoi il fermait maintenant la porte au changement? La réponse m'a juste montré que lorsque les gens détiennent le pouvoir, ils sont si convaincus qu'ils sont là parce que leurs idées sont supérieures à la moyenne qu'il vaut mieux pour eux d'en rester au statu quo pour garder ce pouvoir.
Deuxième exemple: chaque année, l'équipe qui gagne la coupe Stanley provoque une onde de choc chez la plupart des autres équipes. L'année qui suit, plusieurs d'entre elles cherchent à imiter le gagnant. On ne fait qu'emprunter des méthodes. Puisque ça a marché une fois, ça va marcher encore. Le problème majeur, dans ce genre d'analyse, c'est qu'il ne tient pas compte de tous les facteurs qui ont permis à l'instructeur gagnant d'installer son système gagnant. À commencer par des joueurs différents, par un milieu différent mais, surtout, par le profil de l'instructeur lui-même. Il est impossible de le transposer à un autre instructeur parce que chacun a son cheminement personnel qui l'amène à trouver les réponses, les solutions à un problème qui font appel à des années d'acquis culturel, d'éducation et de bien d'autres choses. Aux prochaines élections, on voudra probablement imiter Dumont. Imiter sans écouter?
Pourquoi les partis politiques s'entêtent-ils à se payer des faiseurs d'images? Par exemple, oui il est vrai que la nouvelle image d'André Boisclair, celle qu'il a acquise à partir du débat du 13 mars, était bien plus positive. Mais, il n'a pas gagné. Il n'a pas gagné parce que l'image ce n'est pas tout. Je l'ai déjà dit, dans le contexte où les gens sont de plus en plus informés, où ils vivent de plus en plus saturés par la langue de bois, les mensonges et les promesses jamais tenues, il devient primordial d'écouter la population. Et les conseillers, ce n'est pas la population. Même les sondeurs se trompent! Il faut écouter l'autre, c'est tout!
Malheureusement, ce n'est pas le cas. On s'imagine encore que les gens ont voté par dépit, ont voté CONTRE. On croit alors que le tout reviendra dans l'ordre des choses aux prochaines élections. Et, le pire, c'est que c'est probable. Mais, c'est probable juste pour une seule raison. À cause de la loi du retour, la fameuse spirale de l'évolution. Cependant, il est clair, déjà très clair, que la lame de fond qui nous a amené ce que certains appellent à tort un "tsunami" est déjà en marche pour un éventuel changement dans la culture québécoise. Ceux qui n'y prêtent pas attention, qui la ridiculisent ou l'atténuent tout simplement, disparaîtront. L'Union nationale a été bien plus près de faire saisir son message nationaliste que le PQ et pourtant ce parti n'existe plus aujourd'hui. Je commence à croire que le paysage politique, d'ici 20 ans, ne comprendra que l'ADQ, Québec Solidaire et le Parti Vert, et pas nécessairement dans l'ordre.
Quand les gens disent du PQ et du PLQ que ce sont des vieux partis, on voudrait qu'ils aient tort. Pourtant, à voir les réactions de fermeture, d'incompréhension, d'entêtement depuis le 26 mars, force est d'admettre que, encore une fois, le peuple a raison.
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