Je pensais qu'il s'agissait là d'une sortie ponctuelle dans le simple but de ramener à l'ordre un parti qui - les preuves sont là aujourd'hui - donnait des mauvais signes. Aujourd'hui, je pense tout autrement. Quand on frappe sans arrêt sur un adversaire c'est que quelque chose de lui nous ressemble et nous titille un brin. Je ne sais pas ce que c'est. Je sais cependant que ça sent mauvais, ça sent la mauvaise foi, l'attaque pour le plaisir d'attaquer. Venant d'un ancien professeur de philosophie - ça vaut ce que ça vaut - on voudrait voir un tantinet plus de nuances.

Mais, ici, point de cela. On fesse dessus, on frappe, on cherche le knock-out, voire l'irrémédiable.

Cette fois, Nestor Turcote s'en prend à Pascal Bérubé qui aurait manqué de respect en prononçant ses deux serments de députés cette semaine. Le premier, celui qui fait problème, est un serment d'allégeance à la reine. Difficile à prononcer pour les souverainistes. En réalité, il est peut-être difficile à prononcer pour bien des gens qui ne comprennent pas cette obligation. Je ne suis pas souverainiste mais je me sens mal à l'aise quand j'entend ces paroles quasi anachronique.

Turcotte pense peut-être soulever un point important, quelque chose qui ferait réagir les grands moralisateurs droitistes quand il se sert de l'exemple donné aux jeunes. Turcotte oublie une ou deux choses, peut-être plus. D'abord, il n'y a pas d'institutions vieillottes qui ne tombent d'elles-mêmes. C'est la critique, parfois même la moquerie qui font en sorte de créer un certain éveil. Ensuite, même les institutions vieillottes ne disparaissent pas en un clic de doigt réglementaire. L'Église catholique n'a peut-être plus de pouvoir au Québec, mais toutes les institutions qui régissent notre société actuelle ne sont que des calques de cette institution honnie de plusieurs. Et, puisque je parle d'Église catholique, je voudrais bien que Turcotte me jure ici, devant témoin, qu'en tant que philosophe "moderne" il n'a jamais ridiculisé l'Église catholique. Il serait bien l'un des rares de sa génération, au Québec, à ne pas s'être laissé bercer par la mode anticléricale dont les philosophes de CEGEP et d'universités se sont souvent fait les porte-paroles.

Petite histoire: En 1970, j'avais 16 ans, les cheveux courts, habillement "propre", pour aller à l'école. Mais, ça ne faisait pas mon affaire. J'avais commencé à me faire pousser les cheveux durant les vacances d'été. Quand je suis entré en septembre, j'ai été immédiatement abordé par le tout nouveau directeur de l'école Sacré-Coeur de Cap-Chat (aujourd'hui St-Norbert). Je tombais bien pour lui. J'allais être le premier exemple de sa discipline. Ça ne s'est pas tout à fait passé comme il le pensait. Après plusieurs mois de combat, j'ai finalement écrit au ministère de l'éducation qui a envoyé un représentant. J'ai gagné mon point. J'avais le droit d'avoir les cheveux longs. Je me suis immédiatement essayé au port du jeans, interdit à ce moment-là. On m'a demandé une concession. J'ai accepté. Un an ou deux après, les jeans étaient la "norme" partout. Cependant, même si c'était la norme aussi, j'ai refusé de porter la cravate lors de séances de photographie.

Je me suis battu contre une institution. Je l'ai ridiculisé. Parce qu'elle n'avait plus de sens. Parce qu'elle était de plus en plus désincarnée, loin des nouvelles réalités. Non par manque de respect. Je respectais et respecte encore ce qu'elle était. Mais, pas ce qu'elle devenait ou ne représentait plus.

Turcotte mêle choux et chips au ketchup. Les jeunes d'aujourd'hui se fiche carrément d'à peu près tout ce qui ne nourrit pas leur petit nombril. On leur a appris à se centrer sur leur personne. Ils répondent bien. Ce n'est certes pas ce que Pascal Bérubé a fait à Québec qui les défrisera. Par contre, s'il veut dénoncer les grèves sauvages où des représentants de l'ordre, pompiers, policiers, etc., cassent tout, brisent tout, alors qu'ils sont des modèles de notre société qui donnent un mauvaise exemple du respect des institutions, je l'invite à se lever en brave. Autrement, il devient suspect dans ses sempiternelles attaques contre le Parti québécois.

Le commentaire de Nestor Turcotte

p.s. Je sais, je suis un peu fendant de m'attaquer à un grand philosophe capable de jouer avec les concepts abstraits de la pensée humaine, d'écrire dans un français qui me rend jaloux, de s'amuser aux sophismes, de baigner dans le misérabilisme "sôocial" des défenseurs de nos grandes institutions. Mais, bon, je l'aimais bien ce Turcotte. Et là, il me déçoit à toujours chercher le pou dans la veilloche de foin péquiste. Il y a tellement de combats plus nobles que celui-là en ce moment!