Bing bang, rentre dedans!
Par Marc-André St-Pierre, dimanche 13 mai 2007 à 19:50 :: General :: #23 :: rss
Semaine particulièrement chaude au Parti Québécois. Chaude, bizarre et symbolique. En 4 jours seulement, la démission d'un chef, quelques balourdises publiques, quelques propos menaçants, l'annonces de candidatures, le désistement d'un candidat.
Évidemment, c'est le désistement de Gilles Duceppe qui attire le plus l'attention en ce matin de la Fête des mères. Mon premier réflexe a été de me dire que Duceppe était vraiment quelqu'un qui cherchait le pouvoir. Je suis allé sur internet, j'ai écouté la télé. Surprise, les commentaires sont plutôt dithyrambiques à l'endroit de Duceppe. On sait bien que ce sont des souverainistes qui s'expriment ainsi. Comment pourraient-ils dire autrement? Ils sont à l'avant-scène dans les médias. Ils ont tellement besoin de se refaire une image que le prétendu héroïsme de Duceppe tombe à pic. Selon eux, la décision de Duceppe prouve à quel point il passe la "cause" avant ses ambitions personnelles.
J'ai pris quelques temps pour y penser. Peut-être que je me trompais. Mais non! Surtout quand je pense que la plupart des gens qui commentent le beau geste héroïque de Duceppe ne veulent pas le voir à Québec.
Duceppe a commis un geste de lâcheté. Le Parti Québécois a un immense besoin de relever son discours, d'une réflexion sociale qui le sortirait de son vieux carcan gaugauche anachronique, pour ne pas dire obsolète. À Québec, il aurait pu appuyer Marois, être ministre. Mais ministre, pour un assoiffé de pouvoir déjà chef, c'est vraiment une méchante débarque. Si Duceppe avait été courageux, c'est à Québec qu'il serait rendu. À Ottawa, c'est une perte de temps et une stigmatisation perpétuelle du problème québécois à l'échelle canadienne. Oui, si Duceppe avait été ce gars d'une cause, ce gars héroïque, il serait venu affronter "amicalement" Pauline Marois, se serait rallier à elle et aurait travaillé avec force pour la cause ici où les souverainistes ont besoin d'un bon coup de fouet. Parce que la cause, disons-le, n'a plus la cote. Parce que la cause se fond parmi des dizaines d'autres, souvent plus importantes, dont l'environnement, la dégradation du tissus social, l'appauvrissement à vitesse grand V et les maudits accommodements raisonnables.
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D'autre part, une phrase banale lâchée quelque part à la télé, samedi soir, m'a mis une petite puce à l'oreille. Serait-il possible que Pauline Marois ait concocté tout ce qui se passe au Parti Québécois depuis l'élection de André Boisclair? Tout le monde se souvient de l'immense déception peinte sur un visage aux larmes retenues de Marois, lorsque le verdict "démocratique" de la victoire de Boisclair est tombé.
Ça pourrait expliquer pourquoi au Parti Québécois, revenaient de façon intermittente des petites campagnes de salissage, des démonstrations de dépit, voire de haine, envers Boisclair. Une campagne finement orchestrée, scrupuleusement étudiée. On n'avait tout simplement pas prévu le petit os qui s'est produit cette semaine. Mais, en seulement 24 heures, on s'est débarrassé de l'os.
Il ne devrait plus y avoir beaucoup de monde sur le chemin de la Reine. Son couronnement pourrait n'être qu'une toute petite formalité.
Il ne faudrait pas s'attendre à revoir André Boisclair au Parti Québécois. Il ne devrait pas être là non plus au couronnement. Lui, il sait bien ce qui s'est passé. Peut-être qu'un livre nous en dira plus long dans quelques années.
Ce que les péquistes nous disent est assez simple. En congratulant Duceppe, en l'élevant au rang de héros pour la cause, nous comprenons que ce n'est pas le cas pour les autres qui s'entre déchirent, se battent, se dénoncent, depuis les tout débuts du Parti, y compris Pauline Marois. Nous comprenons qu'il s'agit d'une guerre à finir entre gens de pouvoir. Ça explique largement pourquoi le Québec n'est pas souverain.
Par ailleurs et d'un même souffle, en revenant pour gravir les marches du trône, Pauline nous prouve seulement que c'est le pouvoir dont elle voulait. Elle revient avec ses vieilles idées et le signe que le Parti Québécois a carrément refusé de relever le défi du rajeunissement demandé par André Boisclair.
Mise à jour (19h51)
Aux nouvelles de 18h00, on parlait déjà du programme de Pauline Marois. Elle entend ne pas faire du Referendum une priorité. Elle enend aussi "rajeunir" le programme du parti, remettre en question la sociale-démocratie. Ouf, pourquoi avoir tassé de là André Boisclair si c'est pour répéter son discours. Sauf pour le référendum. Mais, Boisclair aurait finit par faire comme tous les autres. Trouver un nouveau nom, de nouvelles étapes, de nouvelles règles du jeu.
Marois sait qu'elle sera couronnée. Mais, avec un tel programme en perspective, on sent déjà les purs et durs - et peut-être les syndicats (social-démocratie), prêts aux combats. Plusieurs beaux mois d'affrontements en perspective.
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