En plus, les autres religions, Islam et Témoins de Jéhovah en tête, essaient de nous la faire disparaître. Dans certains milieux de travail, exit le sapin. Parce que le sapin représente le Noël catholique. À vrai dire, je me demande d'où peut bien venir cette histoire.

De la décoration qui se trouve autour ou sous le sapin, seule la crèche peut vraiment être considérée comme un symbole typiquement catholique. Cette tradition remonte à St-François d'Assise en 1223. François, qui aimait bien s'approcher le plus possible de tout ce qui avait été à l'origine du christianisme, avait donc pensé recréer le lieu de naissance du Christ. Mais pas avec du papier, du carton ou des morceaux de bois. Tout était réel. C'est par la suite, pour imiter ce saint de l'Église catholique très apprécié, que fut instaurée la tradition des crèches.

Quant aux sapins, l'origine est beaucoup plus vieille que le christianisme. Et, comme le christianisme le fit pour décider de la date de la fête de Noël, le sapin finit aussi par être récupéré d'une tradition païenne. Et c'est seulement au début du XVIe siècle que la mention "Arbre de Noël" apparaît.

Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, le 25 décembre n'a jamais été autre chose qu'un pied de nez aux fêtes païennes de la lumière (retour ou renaissance du soleil après le solstice d'hiver). Ce fut un succès assez rapide quand même pour l'Église catholique qui, plus de 350 ans après la passage du Christ sur terre, avait pris la décision de faire "compétition" aux païens en décrétant que la fête de la naissance de Jésus aurait lieu le 25 décembre. La vraie fête de Jésus, selon les recherches actuelles, devraient se situer entre le 3 et le 10 avril (je suis du 3 avril, soit dit en passant...).

Tout ça pour dire que les lamentations des intégristes religieux et laïcs pour faire disparaître les symboles que sont le sapin et la fête de Noël elle-même, sont, en plus du mépris des autres, le signe évident d'une ignorance crasse de la vérité. Venant des gens qui nous font souvent la leçon sur notre ignorance de l'Islam, par exemple, admettons que ça fait un peu "cheap".

Mais, plus encore, ce "chiâlage" anti-Noël est de plus en plus anachronique. Parce que, soyons honnêtes, que reste t-il de cette fête de Noël que nous associons à l'Église catholique? Les privations, voire le jeûne de l'Avent? Les chants de Noël? La Messe de Minuit?

Personne aujourd'hui n'a aucune idée de ce qu'est l'Avent. Les chants de Noël, on les entend à partir de l'Halloween, ce qui fait que l'atmosphère magique qu'ils créaient avant a maintenant fait place à une écoeurite de plus en plus aiguë. Quant à la Messe de Minuit, c'est à peu près la seule activité qui reste, comme pour se mettre dans le bain de Noël de façon différente. Certaines églises se remplissent mais on se demande encore pourquoi.

C'est finalement ce qu'on peut appeler un juste retour des choses. La fête de Noël est en train de retourner au monde païens d'où elle est issue. La commercialisation à outrance de cette période aura donc contribué à accélérer la fin d'une grande époque. Et, on peut dès aujourd'hui avancer sans se tromper que rien ne laisse présager qu'un retournement peut se produire parce que les jeunes n'ont absolument plus aucun des repères symboliques qu'avaient leurs parents ou arrière-parents.

Est-ce une bonne chose? C'est l'Église catholique qui peut y répondre. Mais, les signes qu'elle donne actuellement sont plutôt ceux d'une institution qui n'arrive pas à trouver le langage nécessaire pour rejoindre les êtres humains. C'est d'autant plus inquiétant qu'il y a là un paradoxe. Puisque nous nous trouvons à une période de l'histoire humaine où les besoins d'aides psychologiques, spirituelles, les besoins d'être connectés à quelque chose n'ont jamais été aussi urgents. Bien sûr, il y a eu d'autres périodes dans l'histoire de l'Église où les fidèles n'étaient pas trop... fidèles. Mais, aujourd'hui, c'est l'âme humaine qui est atteinte parce qu'elle se cherche des points de repères qu'elle ne trouve plus. Ce qui explique souvent pourquoi beaucoup de gens s'accrochent à des sectes ou des religions aux dogmes particulièrement sévères.

Pour avoir vu les choses de l'intérieur, je peux dire que l'un des problèmes majeurs de l'Église s'est de croire qu'on vit une énième période difficile, que "Jésus va revenir en force, parce qu'il ne peut abandonner son Église. Autrement dit, on attend que tout tombe cuit du ciel. Or, quand on veut être honnête un peu, il faut dire que Jésus se fiche probablement de cette Église parce qu'au contraire des prétentions chrétiennes, il ne l'a jamais fondé. Elle a été fondée par St-Paul, un radical de son époque qui s'est même pogné souvent avec St-Pierre.

Comme vous le constatez, non seulement Noël retourne à ses origines, mais l'Église aussi est en train de retourner aux siennes. C'est la meilleure chose qui peut lui arriver, si elle veut vraiment reprendre une véritable réflexion sur sa mission première.

La fête de Noël, elle, appartient maintenant aux centres commerciaux.