Par exemple, il ne se passe guère une journée sans qu'une étude vienne nous apprendre que si nous agissons d'une manière, nous obtiendrons inévitablement un résultat donné. Les publicitaires de toutes sortes se sont depuis longtemps accaparés à leur avantage des résultats qui les confortent dans leur position, rejetant du revers de la main ce qui les contredit. Les publicitaires, mais aussi la plupart des décideurs de notre société aseptisée.

Les spécialistes du cerveau sont débarqués comme légions romaines en Gaules, depuis quelques décennies et jurent gros comme la planète que leur théorie sur l'éducation, par exemple, va amener les futurs adultes à des sommets de perfection jamais rencontrés auparavant. On ne discutera pas longtemps là-dessus. La preuve est maintenant faite que toutes les émissions éducatives de notre Occident parfait, que tous les emberlificoteurs de la neurones qui déchargent leurs frustrations transformées en haut savoir, n'ont contribué d'aucune façon à améliorer le sort de notre société. Si je me trompe, je veux des preuves, et des preuves solides. Pas des "vous comprenez... les choses sont différentes aujourd'hui... il faut regarder d'un angle différent... votre point de vue est filtré par le passé... et gna gna gna."

Bon, oui il y a des bons coups. Des exceptions (importantes) qui confirment la règle.

Lundi soir à Londres, Led Zeppelin donne un spectacle (Article). C'est un choc pour moi qui n'y étais pas autant que pour ceux qui s'y trouvaient. Que vient donc faire cette histoire d'un groupe pépère après ce que je viens de dire? Et bien, TOUT!

Led Zeppelin, je ne l'oublierai jamais, c'est mon deuxième flirt avec la musique rock. J'avais 15 ans quand j'ai découvert Jimi Hendrix. Une coupure radicale avec les Bel Canto, les Hou Lops, les Excentriques, les Baronnets, etc.. Peu de temps après, je vais à la salle de quille de Cap-Chat, qui se trouvait à l'époque au sous-sol d'un immense bâtiment appelé le théâtre Windsor. On y retrouvait aussi un restaurant, le Capri. Le Windsor fut ensuite transformé en Bar nommé le Gaspésien puis, en 1973 en discothèque, le fameux Capricorne. Mais, revenons à la salle de quille. Je descends en bas, je me dirige vers le fond où se trouve les tables de pool. En passant devant le comptoir, je vois le préposé, un certain Roland Pouliot, si mes souvenirs sont bons, qui s'apprête à faire jouer le premier disque de Led Zeppelin. Quelle découverte!... Quel choc!... J'en oublie de jouer.

C'était l'époque d'un grand déchaînement musical. L'époque de tous les genres, de toutes les expériences. Ça faisait peur! C'était l'époque de la spontanéité...

Voilà, le mot est lâché. La spontanéité. Tout est tellement programmé aujourd'hui, tout est tellement étudié, que la spontanéité a cédé la place à la peur de ne pas correspondre aux innombrables canons de la beauté physique, psychologique, économique et politique.

Quand j'ai vu des parcelles du concert de Led Zeppelin à Londres, j'ai réellement compris ce qui est en train de nous échapper. J'ai compris ce qui se passe. Nous vivons dans l'ère hermétique du mensonge institutionnalisé. Tout nous échappe. Plus de place pour imaginer, plus de place pour jouer, pour s'amuser. On contrôle nos prises d'alcool, la cigarette, la vitesse sur la route, on connaît tout de nos habitudes de consommation, on connaît tout de nous, sauf une chose, ce que nous serions vraiment si on nous laissait un peu plus libre. Si on pouvait lâcher notre fou! En réalité, on ne connaît rien de nous. Mais on nous ment en prétendant le contraire. Et nous on croit ce qu'ils disent!

C'est ce que me racontent les retours de groupes comme Led Zeppelin, Styx, Yes, Genesis, Van der Graaf Generator, Supertramp, etc. Tout comme l'histoire sans fin des Rolling Stones. Je me rappelle tout ce qu'on nous disait de ces gens-là pour nous faire peur. Même la religion chrétienne, sa partie charismatique, parlait de pacte avec le diable. Ils étaient tous des drogués, des gens qui fêtaient comme des malades et qui allaient mourir jeunes. Si on excepte quelques accidents de parcours, les Brian Jones, Jim Morrison, Janis Joplin, Jimi Hendrix, pour ne nommer que ceux-là, il faut dire que les grands épouvantails qui essayaient de diriger notre conscience se sont littéralement trompés. Led Zeppelin, hier, c'était du bonbon. Des "vieux" qui ont dépassé la soixantaine et qui sont encore capables de faire de la musique inspirée, ce qu'on ne rencontre plus beaucoup aujourd'hui.

Mais plus encore, on s'aperçoit que ces gros fumeurs, ces grands '"poteux" ces alcooliques invétérés, ces fêtards iconoclastes, sont encore capables d'une énergie qu'on rencontre peu aujourd'hui. À moins que leur pacte avec le diable ne leur ait donné l'immortalité, force est peut-être d'admettre que l'être humain a probablement besoin d'un peu plus de "lousse" qu'on ne lui en donne aujourd'hui.

Je ne fume pas. Mais, combien de gens ont fumé toute leur vie sans avoir été même égratigné par un seul cancer, un seul problème majeur aux poumons?

Je ne veux pas faire l'apologie de la cochonnerie. Je veux juste dire que la beauté de la vie est étrange. Elle n'a rien à voir avec un quelconque dogme, fut-il religieux, philosophique, économique, politique, psychologique et encore moins avec les intégrismes qui pullulent de nos jours. Elle a à voir avec ce qui se passe entre nos deux oreilles. Personne, PERSONNE ne peut vraiment nous donner la recette du bonheur autrement qu'en nous disant de revenir à l'essentiel qui se trouve en nous. Quand tu n'es pas capable de ce retour, les chances de réussir ta vie sont très diminuées. Mais, ce retour doit se faire dans la spontanéité, en incluant aussi les petits plaisirs que la vie nous offre.

Donnons un exemple: dans les centres d'accueil, des gens qui ont mangé du "baloney" toute leur vie se voient soudain interdit de cette jouissance par un spécialiste de la diététique. Vous trouvez ça normal vous? Et bien, cet exemple illustre exactement mon propos. Se faire interdire la baloney quand tu as 90 ans, c'est comme être privé de son enfance par toutes les crisses d'émissions éducatives qui déstructurent le cerveau. Rendu à 35 ans, tu découvres que tu n'as pas vécu ton enfance. Tu décides de la vivre. Mais t'es pas capable parce qu'on a toujours décidé pour toi. Le dilemme existentielle s'installe. Certains ne passent pas ce stade. Ils quittent la planète, ou se retrouve un peu zombie dans tout ce qu'ils font.

J'aurais voulu être à Londres et me laisser baigner dans cette atmosphère survoltée qu'on ne se permet plus à un certain âge. La peur des qu'en-dira-t-on et la peur de soi a pris le dessus et a déjà commencé à installé son cortège lugubre qui nous conduit lentement vers le dernier souffle insatisfait d'une vie plate qui a été toute autre que celle de nos jeunes rêves. Pourquoi est-ce qu'on endure ça? Parce que la beauté étrange de la vie exige qu'on relève constamment des défis, petits et grands. Peu d'entre nous ont été instruits à ce comportement qui demande de toujours garder notre esprit en éveil, de toujours défier ce qui tend à nous rendre laxiste, plate, sans saveur!

Redécouvrir la beauté de la vie, c'est le prochain défi de l'humanité!