La pauvreté en hausse
Par Marc-André St-Pierre, lundi 17 décembre 2007 à 10:41 :: General :: #192 :: rss
Et puis, le salaire minimum, ça dit bien ce que ça veut dire. C'est le minimum «qu'on voudrait» acceptable. Si on fait un peu de calcul ça donne 8,50$ x 40= 340$ par semaine x 52= 17 680$. Les petites entreprises encaisseront les coups et les coûts. Ça va chiâler. Et parfois, je comprend les petits commerçants. Mais, comme je vous dis, la pauvreté, c'est une volonté politique. Et c'est à ce point vrai que les gouvernements savent très bien que les petites entreprises auront de la difficulté à payer ces salaires. Alors qu'il y a des solutions pour adoucir le fardeau de ces entreprises, que pensez-vous qu'on fera? On trouvera probablement encore une nouvelle tracasserie où les commerçants devront "paperasser" et débourser!
Pour en revenir au salaire minimum, quand on pense au seul coût de l'épicerie, on ne peut guère se surprendre que les campagnes pour mieux se nourrir aient très peu d'impact chez les familles pauvres. On ne peut pas s'étonner non plus qu'à un tel salaire, le goût d'avoir des enfants soit très peu élevé.
En Haute-Gaspsésie, on associe rapidement pauvreté, bien-être social et paresseux. Or, si on sort un peu de notre coin, si on va à Montréal tiens, on s'aperçoit que la pauvreté est à la hausse et qu'elle est plus présente chez les gens qui travaillent que chez les BS.
C'est donc un autre mythe qui est en train de se faire déboulonner. Mais lentement, faut-il le dire. Parce que, comme une croyance religieuse fortement ancrée dans notre cerveau, la croyance que la pauvreté n'existe que chez les BS paresseux est assez répandue.
Prenons un autre exemple. Combien de travailleurs dans les système de santé de la région ont un travail qui, s'ils ne font pas de temps supplémentaire, réussit à peine à les faire vivre? Pourtant, on parle ici de salaire qui est plus que le double du salaire minimum. Vérifiez, et vous verrez!
Le problème est assez facile à cerner. Nous avons accepter sans broncher les prévisions des années 60 et 70 quand on nous disait que l'écart entre riches et pauvres allait un jour s'agrandir. Aujourd'hui, maintenant que nous sommes dedans, nous réagissons comme si le problème était extérieur. Nous réagissons comme si nous étions nous-mêmes très riches et que les pauvres sont rares et tous sur le BS. Nous oublions l'énormité de nos dettes, l'accumulation de nos cartes de crédit, le report de certains paiements, la privation de quelques denrées utiles et j'en passe et des meilleurs! Nous vivons dans un monde virtuel où nous nous croyons riches jusqu'au jour où ça nous éclate en pleine face.
Le fait d'avoir deux voitures, une maison, des sorties, le fait de bouffer comme des malades, le fait de s'acheter tous les bidules à la mode, nous a étourdi au point où l'on a la conscience de nos dettes que lorsqu'on commence à étouffer. Il est souvent trop tard. Il faudrait savoir se regarder tout en regardant tout autour de nous pour voir la vérité en face. Ça fait dur. C'est le retour des années 40. Mais en pire. Parce que dans ce temps-là, les pauvres savaient qu'ils étaient pauvres. Aujourd'hui, la plupart des pauvres se croient au dessus de leur affaire, parce qu'ils ont un job. Jusqu'au jour où...
Notre train de vie est irréel. Notre pauvreté est encore bien plus grande que les statistiques le disent. Nous vivons actuellement sous respirateur. Pendant ce temps, nous continuons d'accepter les offres de crédits qui nous tombent dessus quotidiennement. C'est même devenu une culture. À tel point que je me suis laissé dire que lorsque des gens finissent par consolider des dettes dans une banque ou une caisse, dès le lendemain ils font la demande d'autres cartes. Faut le faire! Ça ne pourra pas continuer longtemps comme ça.
Pendant ce temps, il y a partout dans ce système, des enfants qui souffrent.
Je pense que nous sommes dans un élan négatif qu'il ne sera pas facile d'arrêter. On dit souvent des pauvres qu'ils ont juste à se débrouiller, à travailler et ainsi de suite. C'est de la pensée magique. Aussi magique que lorsque des croyants disent à d'autres, «ben, t'as juste à prier, tu vas guérir!». Il y a beaucoup plus de pauvres qui sont sur le marché du travail qu'il y en a sur le BS.
Il y a des mentalités qui sont coriaces. La série sur les Lavigueur, qui sera diffusée à Radio-Canada à partir de janvier 2008, nous en montre un pan très sérieux. Pour à peu près tout le monde, au Québec et même ailleurs dans le monde, les Lavigueur étaient des gros crisses de BS profiteurs du système qui ont eu la "chance" de gagner à la loterie. Mais, ils sont redevenus pauvres parce que, comme le disent certains, quand t'es BS, t'es BS. Or, le père avait travaillé toute sa vie avant de gagner ces millions. Parce qu'une journaliste avide de nouvelle sensationnelle les a immédiatement pointé comme BS, plus personne ne s'est posée de questions. Pas même un journaliste qui aurait pu ramener un peu de vérité. Nous avons tous cru que cette famille était de la racaille profiteuse, sans génie et maintenant opportuniste.
On va regarder cette série en se disant simplement que c'était une méchante erreur. Puis on va continuer à piger dans le sac de crottes de fromage en calant sa bière et en fustigeant contre les crisses de pauvres, contre les BS. On ne se posera pas plus la question à savoir s'il est possible que dans ces jugements faciles et populaires, nous fassions souvent la même erreur qui a été fait à l'endroit de la famille Lavigueur.
------- Petite mise à jour 10h55
Pour ceux qui ne l'auraient pas remarquer, nous sommes à une semaine de Noël. Pour ceux qui ne l'auraient pas remarquer, le prix de l'essence est à la hausse! Et la loi de Monsieur Béchard ne pourra rien changer à cela!
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