La religion qu'on veut
Par Marc-André St-Pierre, dimanche 30 mars 2008 à 10:25 :: General :: #260 :: rss
Pourquoi donc les catholiques du Québec ont déserté leur Église et leurs églises? Il faut se mettre dans le contexte bien particulier de l'époque. Trois événements majeurs se sont produits en même temps qui ont conduit à un éclatement sans précédent de la pratique.
Le premier, il vient de l'intérieur même de l'Église catholique. Il s'agit du Concile Vatican II. Un vent de changement incroyable a déferlé sur le monde catholique à ce moment-là. Les signes évidents furent le retour à l'habit civil pour les prêtres et l'abandon de l'habit religieux dans la plupart des communautés religieuses. Mais, d'autres changements plus radicaux ont eu lieu. Tout ça s'est passé rapidement et l'Église a commis une erreur fondamentale à ce moment-là. Elle n'a pas préparé les gens, surtout âgés, à pareil revirement! Le choc fut trop percutant pour beaucoup. On ne mesure pas encore tout le désarroi et la peine qu'ont vécut les croyants de cette époque, ceux qui n'ont pas voulu suivre le changement ou qui l'ont fait avec difficulté. Pour s'en convaincre, il suffit de penser à une des réaction les plus extrêmes, celle de Mgr Lefebvre et sa Fraternité saint Pie X.
Le deuxième vient des changements sociaux qui ont touché tout le monde occidental. Soudainement, les moeurs se libéraient, l'impression d'être les premiers à vivre une révolution sans précédent, qui allait rejeter tout du passé, était vive chez la plupart des individus, plutôt jeunes. Une "vieille" institution comme l'Église, ne pouvait survivre à ce nouveau courant, cet «Age of Aquarius» en devenir. Conséquence immédiate, le passé doit être lessivé pour faire place à la nouveauté, à la nouvelle pensée. Nouvelle pensée qu'on n'a jamais réussi à très bien définir, du reste, si ce n'est que pour lui donner des noms qui flirtaient beaucoup plus avec une forme d'ésotérisme primaire qu'avec la réalité ambiante. La "libre" consommation de drogue plus ou moins forte a certes contribué au développement d'un discours à saveur néo-prophétique qui n'aura pas tenu la route mais qui aura tout de même imprégné, en quelque sorte, ce qui allait suivre.
Le troisième est une conséquence directe du deuxième et du premier. L'Église venait de nous apprendre qu'il n'y avait plus de péchés. Du moins, c'est ce qu'on a bien voulu comprendre (on comprend ce qu'on veut, comme on dit!). Plus de péchés, donc moins de peur, donc plus de liberté de penser. Ainsi, la révolution des moeurs ne permettaient plus la présence morale de l'Église, dont le passé autoritaire devenait subitement la justification première pour en terminer avec la pratique religieuse. Aidé en cela au Québec par l'arrivée massive d'une foule de nouveaux intellectuels dont les penchants socialistes étaient évidents. Tous les ingrédients étaient en place pour que l'Église mange un solide coup de pied au cul (s'cusez l'irrespect de la formule, mais c'est exactement ce qui s'est passé).
Le problème, un problème qui semble pointu au Québec, est que lorsqu'on passe à une autre étape, on fait table rase, il ne reste plus rien du passé. On a donc tout balayé du passé et fait taire tous ceux, dits nostalgiques d'une époque révolue, qui aurait été tentés de reprendre le bâton du pèlerin pour redonner rapidement à l'Église sa place et ses lettres de noblesse. Le syndicalisme nouveau, affranchie des syndicats catholiques, et probablement fortement noyauté par une base plus près du communisme que du socialisme, a largement contribué à faire taire tous les soubresauts catholiques. Comme cette nouvelle «religion laïque» était présente partout, surtout dans les médias, il est rapidement devenu facile de discréditer l'Église catholique en martelant un discours qui, s'il contenait quelques vérités, biffait sciemment tout ce à quoi l'Église catholique avait positivement contribué depuis la fondation du pays.
Peut-on vraiment construire un pays quand on efface la plus grande partie de son histoire ou qu'on la raconte de manière à salir ce qui a été fait? Toutes les dictatures du monde s'y essaient. Aucune n'y arrive vraiment. C'est pourquoi elles ne durent que le temps d'une rose, parce qu'elles se fragilisent elles-mêmes!
La question qui se pose
On ne peut nier les erreurs de l'Église catholique. Elle les a parfois admis elle-même. Mais, voudrions-nous vraiment revoir la même Église prétentieuse qu'on voyait il y a plus de 40 ans? Je parle de celle des grands flaflas, des princes déguisés, des bagues à baiser.
Alors, de quelle Église voudrions-nous, si tant est que nous en voulons une? Et je pense que oui nous en voulons une. La preuve en étant qu'à chaque fois qu'une tribune quelconque est offerte aux québécois sur le sujet de la religion, on voit les passions se déchaîner.
Quand les gens ont déserté la pratique, il y a 40 ans, ils désertaient le pouvoir. Pas l'Église. Pas l'essence de la religion.
Malheureusement, 40 ans plus tard, force est de constater que l'Église au Québec, n'a pas réellement compris ce qui s'est passé. Au contraire, plutôt que d'aller sur le terrain, elle s'est durcie, s'est refermée sur elle-même, préférant jouer avec le concept du «petit peuple choisi». Plutôt que d'agir selon les préceptes mêmes qu'elle enseigne, elle a préféré suivre la mode bureaucrate et a fini par "fabriquer" des prêtres à mallette et agenda qui n'ont plus eu beaucoup le temps pour se tenir prêts des gens simples.
C'est là tout le noeud du problème. C'est du moins ce que j'ai entendu le plus pendant mes quelques années de pastorales. Les gens n'ont plus le contact avec leur pasteur et ils s'en plaignent. L'Église doit être sur le terrain. Mais, c'est la sourde oreille...
Vers où allons-nous?
J'ai fait quelques petits tests depuis quelques années. Pour me rendre compte que les jeunes n'ont aucune connexion avec la religion autre que les cours «plates» qu'ils ont eu à subir à l'école. Quand on leur parle de la religion de la même manière que nous en avons entendu parlé, ils ont beaucoup de difficultés à s'y reconnaître. Par contre, quand on leur raconte l'Église comme une histoire, quand on leur parle d'actions sur le terrain, quand ils voient des reportages ou des films de personnages qui ont marqué l'histoire chrétienne, sans l'accompagner de phrases assommantes du genre «c'était mieux dans ce temps-là», leurs yeux s'ouvrent. Ils sont plus réceptifs.
Malgré cela, évidemment, il ne faut pas se gêner pour faire quelques comparaisons. Je veux dire que les jeunes d'aujourd'hui voient très bien que tout ne tourne pas rond actuellement. De leur montrer que certaines choses étaient mieux avant, grâce à ce qui était beau de la religion, les aide à trouver des points de références nécessaires à leur réflexion.
Maintenant, vont-ils faire renaître le catholicisme? Comme je le dis plus haut, je pense qu'il y a un renouveau qui s'en vient. Mais, il sera difficile à faire, très difficile même, surtout si Rome continue à durcir le ton sur des points de dogmes qui jurent avec l'essence même de ce qu'on lit dans les évangiles.
Que les jeunes d'aujourd'hui en arrivent un jour à se réunir dans un lieu de culte pour échanger et prier, je pense cela possible. Mais, le retour aux grandes églises ne se fera probablement pas. Du moins, il n'est pas à souhaiter. Rester simple et évangélique, c'est tout ce qui compte! Et l'énorme complexité de la vie actuelle commande justement un rajustement, afin de se recentrer sur soi, par exemple. Les jeunes sauront sûrement y faire! Y aura t-il cassure? Y aura t-il un simple recentrage? Impossible de le prédire. Mais, il y aura quelque chose qui marquera l'histoire, c'est certain!
Commentaires
1. Le dimanche 30 mars 2008 à 12:27, par Le théologien
2. Le dimanche 30 mars 2008 à 12:52, par Martine
3. Le dimanche 30 mars 2008 à 13:23, par Le théologien
4. Le dimanche 30 mars 2008 à 13:32, par Marc-André
5. Le dimanche 30 mars 2008 à 13:41, par Marc-André
6. Le dimanche 30 mars 2008 à 14:27, par Le théologien
7. Le dimanche 30 mars 2008 à 14:58, par aimée-rose
8. Le dimanche 30 mars 2008 à 15:18, par MARTINE
9. Le dimanche 30 mars 2008 à 15:28, par Solo
10. Le dimanche 30 mars 2008 à 15:58, par Marc-André
11. Le dimanche 30 mars 2008 à 16:47, par Le théologien
12. Le dimanche 30 mars 2008 à 17:25, par Marc-André
13. Le dimanche 30 mars 2008 à 17:49, par Le théologien
14. Le dimanche 30 mars 2008 à 18:04, par Le théologien
15. Le dimanche 30 mars 2008 à 18:51, par Martine
16. Le dimanche 30 mars 2008 à 19:34, par le théologien
17. Le lundi 31 mars 2008 à 04:44, par Marc-André
18. Le lundi 31 mars 2008 à 05:21, par Le théologien
19. Le lundi 31 mars 2008 à 05:28, par Marc-André
20. Le lundi 31 mars 2008 à 05:34, par Le théologien
21. Le lundi 31 mars 2008 à 05:47, par Marc-André
22. Le lundi 31 mars 2008 à 06:20, par le théologien
23. Le lundi 31 mars 2008 à 06:58, par Marc-André
24. Le lundi 31 mars 2008 à 08:37, par CAP-CHAT
25. Le lundi 31 mars 2008 à 11:56, par Le théologien
26. Le lundi 31 mars 2008 à 13:34, par brol
27. Le lundi 31 mars 2008 à 13:57, par Marc-André
28. Le lundi 31 mars 2008 à 14:25, par Le théologien
29. Le lundi 31 mars 2008 à 14:32, par Le théologien
30. Le lundi 31 mars 2008 à 15:11, par Marc-André
31. Le lundi 31 mars 2008 à 15:14, par Solo
32. Le lundi 31 mars 2008 à 15:37, par Le théologien
33. Le lundi 31 mars 2008 à 15:45, par aimée-rose
34. Le lundi 31 mars 2008 à 15:48, par Marc-André
35. Le lundi 31 mars 2008 à 16:06, par Solo
36. Le lundi 31 mars 2008 à 16:20, par Le théologien
37. Le lundi 31 mars 2008 à 17:01, par Marc-André
38. Le lundi 31 mars 2008 à 17:34, par Martine
39. Le lundi 31 mars 2008 à 17:34, par Le théologien
40. Le lundi 31 mars 2008 à 17:50, par Marc-André
41. Le lundi 31 mars 2008 à 18:29, par Le théologien
42. Le mardi 1 avril 2008 à 09:00, par CAP-CHAT
43. Le mardi 1 avril 2008 à 10:18, par Le théologien
44. Le mardi 1 avril 2008 à 10:57, par Marc-André
45. Le mardi 1 avril 2008 à 11:00, par Le théologien
46. Le mardi 1 avril 2008 à 11:17, par Marc-André
47. Le mardi 1 avril 2008 à 11:41, par Le théologien
48. Le mardi 1 avril 2008 à 12:07, par Marc-André
49. Le mardi 1 avril 2008 à 12:31, par CAP-CHAT
50. Le mardi 1 avril 2008 à 13:34, par Marc-André
51. Le mardi 1 avril 2008 à 15:25, par Le théologien
52. Le mardi 1 avril 2008 à 16:03, par Marc-André
53. Le mardi 1 avril 2008 à 16:29, par le théologien
54. Le mardi 1 avril 2008 à 17:09, par Marc-André
55. Le mardi 1 avril 2008 à 17:49, par Le théologien
56. Le mardi 1 avril 2008 à 20:48, par CAP-CHAT
57. Le mercredi 2 avril 2008 à 02:31, par Marc-André
58. Le mercredi 2 avril 2008 à 04:00, par Le théologien
59. Le mercredi 2 avril 2008 à 08:06, par CAP-CHAT
60. Le mercredi 2 avril 2008 à 09:13, par Le théologien
61. Le mercredi 2 avril 2008 à 12:31, par CAP-CHAT
62. Le mercredi 2 avril 2008 à 12:49, par LE théologien
63. Le mercredi 2 avril 2008 à 13:47, par Marc-André
64. Le mercredi 2 avril 2008 à 14:24, par Le théologien
65. Le mercredi 2 avril 2008 à 15:40, par Marc-André
66. Le mercredi 2 avril 2008 à 16:32, par CAP-CHAT
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.