Une erreur tactique


  Le Parti libéral annonce qu'il dégèlera les frais de scolarité. Il n'en faut pas plus pour que le Parti québécois saute sur la première réelle occasion de défoncer un pan de mur du gouvernement libéral. Et alors, les éditorialistes s'emballent et avancent l'idée d'une erreur tactique des libéraux. Et si c'était plutôt le PQ qui fasse cette erreur?

J'écoutais Denise Bombardier sur une radio montréalaise donnant son opinion sur cette question. À la fin de son intervention elle y est allée d'une petite vérité toute nue, du genre qui semble échapper à un peu tout le monde. Le PQ se fait du capital politique avec les jeunes dans cette histoire de dégel des frais. Pourtant, les jeunes votent peu.


Plus tôt, Jean Lapierre, ex lieutenant de Paul Martin au Québec et qu'on entend souvent à la radio ou à la télé, rappelait que le mouvement des jeunes qui contestent la décision des libéraux n'est qu'une flopée de mômes sans général. Un petit îlot de jeunes qui, on ne sait par quel tour de passe-passe, réussit à attirer un grand nombre de média. La contestation de la dernière fin de semaine n'aurait attiré qu'environ 28 jeunes. Il y avait plus de policier anti-émeute et probablement plus de journalistes à cette occasion.


Dans ce contexte, est-il bienvenue que les péquistes embarquent sur cette voie pour casser du sucre sur le dos du gouvernement? D'autant plus qu'il devient de plus en plus évident pour un peu tout le monde que ça n'a plus de bon sens de maintenir aussi bas les frais de scolarité. D'ailleurs, si on n'y fait pas attention, lorsqu'il deviendra évident pour tout le monde qu'il faut absolument dégeler, on sera pris avec un second problème, celui des frais secondaires (afférents), qui seront devenus un acquis dont ne voudront guère se débarrasser les universités en les justifiant de mille et une raisons sans fondement. En ne stoppant pas immédiatement cette hémorragie, les étudiants québécois risquent d'aller d'un extrême à l'autre. En l'espace de quelques années ils passeront de ceux qui payaient le moins à ceux qui paient le plus au Canada.


Comme la plupart des québécois semble de plus en plus prêt à entendre le discours du dégel, l'attaque du PQ risque de se retourner contre lui. Il est probablement temps de mettre un terme à cette pensée magique qu'il n'en coûte rien aux étudiants québécois et que ça doit continuer comme ça. 


De l'autre côté, il est aussi temps que le PQ cesse de donner l'impression de se tenir exclusivement du côté des pauvres contre les riches, du côté des syndicats contre les patrons. Cette attitude toute québécoise, issue de l'époque catholique, celle où les riches sont des voleurs et les pauvres les choisis de Dieu est une nuisance au développement économique et humain du Québec. Il est à peu près temps qu'on en finisse avec notre peur chronique de la richesse. Le Parti québécois doit résolument se tourner vers le XXIe siècle et être créatif. 


Pour le moment, ça convient encore un peu de jouer les Robin des Bois, d'attaquer les riches pour remettre aux pauvres. Mais, la société québécois change et justement là où se trouve un autre cheval de bataille du PQ, l'immigration. Les immigrés qui nous arrivent depuis quelques années n'ont pas tous la culture qu'il vaut mieux être pauvre et en santé que riche et malade.  Une phrase si mensongère et assassine qu'on n'a pas vraiment une idée juste des ravages qu'elle a pu faire dans les esprits québécois.


Il serait peut-être temps que le PQ s'ajuste et révise immédiatement sa position avant qu'il ne soit trop tard sur la question du dégel des frais de scolarité. Si le PQ veut s'en prendre aux politiques du Parti libéral des derniers temps, il a de nombreuses possibilités. Qu'il ressorte tous les mensonges, les promesses non tenues, qu'il fouille les décisions unilatérales, les bâillons et surtout, qu'il amène sur la place publique le pire mensonge des libéraux, celui concernant l'amélioration dans le milieu de la santé. 


Publié: mardi - février 20, 2007 at 10:36 AM