vendredi - février 23, 2007
Les désavantages médiatiques
On ne doit pas avoir grand chose à se mettre sous la dent à Montréal pour s'en prendre régulièrement aux régions, aux banlieues, à la planète. La sortie de Claude Béland et de l'Association pour la revendication des droits démocratiques (ARDD) sur notre prétendu poids décisionnel qui rendrait infecte la démocratie québécoise est un autre de ces épisodes qui nous laisse un goût amer... et un doute sérieux sur la volonté réelle qui se cache derrière ces démarches. ....
... Claude Béland, tout comme Lucien Bouchard, Jacques Parizeau et bien d'autres ont la chance de compter sur les médias urbains, plus gros, plus solides et beaucoup étendus devant leur seigneurie; alors que les médias devraient être plus critiques et plus au service de TOUTES les populations. Cette lacune au niveau des médias est fortement sentie en Haute-Gaspésie, particulièrement en ces temps d'élection.
Le désavantage médiatique 1
Les grands savants du Québec se font aller le clapet. La Gaspésie est une région démocratiquement avantagée. Parce que nous avons un comté où la population est inférieure à 30 000 habitants on considère que notre vote a un plus grand poids décisionnel.
Je vous ferai grâces de toute la dynamique mathématique qui, encore une fois, corrompt les esprits urbains. Depuis longtemps, surtout depuis la venue (inutile pour nous du Nord) de Nathalie Normandeau comme ministre des Affaires municipales et des Régions, les grandes neurones citadines n'ont de cesse de prouver que Montréal et les Grands-Centres sont désavantagés dans quelque chose. C'est peut-être même notre faute si Montréal perd 20 000 personnes par année au profit des banlieues.
Le plus drôle de l'assertion de ces intellectuels un peu frustrés, c'est d'oser avancer que cet avantage nous confère un plus grand poids décisionnel. En tête de ces énergumènes qui reviennent sporadiquement faire l'étalage de leur grande science sur la scène publique, le fameux ex-président de la Fédération des caisses populaires, Claude Béland.
Ouvrons (drètt) ici une petite parenthèse. À la lecture des principes démocratiques de Claude Béland, on comprend mieux le chemin suivit par sa fameuse Fédération, qui, justement, a compris que le poids des régions étaient trop grand. Résultat, on a centralisé les décisions et fermé des caisses régionales. Fermons la parenthèse.
Je ne connais pas tout le parcours (brillant selon plusieurs) de ce monsieur aux grandes idées centralisatrices. Nous qui baignons (encore une fois) dans un autre épisode de réactions au fameux rapport Higgins, la sortie de Béland ne peut qu'ajouter à notre méfiance. Car, voilà ce maître-penseur de l'économie, qui a mis son grain de sel dans le développement gaspésien pour les résultats que nous connaissons, vient nous dire que nous avons un grand poids décisionnel. On voudrait comprendre que le monsieur n'est pas dupes et qu'il parle en termes virtuels ou qu'il fait allusion à la loi des probabilités. On voudrait le croire, mais c'est impossible. C'est impossible parce que nous vivons en Haute-Gaspésie, classée dernière ou avant-dernière dans à peu près tout ce qui se fait de chiffre sur l'économie et la vie sociale. Mais, nous nous le savons, lui, peut-être. De toute manière, bien de ces gens savent ce qui se passe ici. Pourtant, on ne les entend s'exprimer sur la construction d'un nouveau Québec que s'ils ont l'impression que les régions, principalement la Gaspésie, enlève quelque avantage que ce soit à Montréal. C'est d'ailleurs comme ça que s'explique toute la saga sur nos prétendus avantages dans le domaine de l'éolien.
Le baratin de Béland ( et aussi de l'Association pour la revendication des droits démocratiques (ARDD)) est une insulte, rien de plus, rien de moins. Et, Béland peut dire ce qu'il veut, son discours est généralement reçu comme paroles d'Évangile par les médias. Même chose pour Julius Grey, l'avocat des causes les plus loufoques, qui se cherche une place au soleil de l'histoire canadienne en défendant tout ce qui flirte avec la Charte des droits. Julius Grey est aussi derrière cette histoire.
Béland et ses pairs ont des avantages avec les médias qui leur confèrent un grand poids interventionniste qu'on ne retrouve nulle part chez aucun gaspésien vivant en Gaspésie. Ça, c'est bien pire qu'un avantage mathématique sur papier.
Le désavantage médiatique 2
Les désavantages que nous avons au niveau des médias ne sont pas visibles uniquement lorsque s'expriment les petits dictateurs urbains. Nous avons perdu beaucoup de visibilité après que les grands médias officiels se soient retirés l'un derrière l'autre, tranquillement. On s'en est plaint. Résultat, on a droit à quelques minutes sur des bulletins de nouvelles nationaux (SRC Québec et CFER Rimouski) et à quelques encarts dans les journaux (Le Soleil entre autres) quand il y a de la place. Un exemple, la grande mobilisation de la coalition Assez c'est assez, qui a attiré plusieurs journalistes, n'a eu sa place dans Le Soleil que trois jours plus tard. On a préféré faire mention d'une nouvelle plus triste, la fermeture de Spielo. C'est plus vendeurs? Je pense plutôt qu'on était bien content de signaler l'avancement de la "cause" citadine, fermer la Gaspésie, celle du Nord, s'entend (Je reviendrai là-dessus).
Nous sommes en période d'élections. Ce désavantage devient encore plus évident. Où sont nos candidats, que font-ils, de quoi ont-ils l'air, que nous offrent-ils, pour le savoir, il faut fouiller nous-mêmes. RDI, qui est quand même une station publique nationale, trouve le moyen de donner de la place au Nouveau-Brunswick et rien à la Gaspésie. Ce n'est pas normal, et surtout pas ces temps-ci. Les nouvelles qu'on en sait, sont publiées dans des hebdo qui paraissent les fins de semaine. Avec du retard et souvent sans intérêt puisque les choses auront changé entre la nouvelle et la date de la publication. À ce titre, internet est à mille lieues plus intéressant. Mais, encore là, on marque un retard incroyable ici.
J'aimerais bien voir un de nos candidats se prononcer sur la question des médias. On a beau vouloir s'en sortir, si on ne se donne pas tous les moyens d'y arriver, on perd en partant. L'un de ces moyens, c'est de devenir visible régulièrement sur la scène nationale. Parlez-en aux vedettes. T'as beau avoir les plus grands talents du monde, si personne ne parle de toi, tu restes un illustre inconnu. À ce titre, et à ce titre seulement, le Mouvement des Patriotes était un champion.
À peu près tout le monde connaît les deux principaux candidats dans notre comté. Nancy Charest, libéral et Pascal Bérubé, Parti québécois, ont déjà croisé le fer en 2003. Nancy Charest a été vu régulièrement dans les médias régionaux, posant pour un petit dollar ici, un petit soutien là. Pascal Bérubé a été moins visible dans les médias mais n'en a pas moins travaillé sur le terrain, surtout celui de la pauvreté. Par contre, qui connaît Donald Grenier, candidat de l'ADQ? À moins d'être citoyen de Les Méchins, on n'en sait rien. Pas même une photo de lui sur internet.
À l'ère de l'information fast-food on a encore ici une démonstration de l'écart grandissant entre la Haute-Gaspésie* et le reste du Québec. Il faut que ça change.
Les pancartes
Nancy Charest a été la plus rapide. Ces pancartes étaient placardées ici et là, très nombreuses d'ailleurs, dès le jour de l'annonce de l'élection. Celle de Donald Grenier, de l'ADQ, je les ai vu cet après-midi. C'est la première rencontre face à face avec ce visage de carton. Pascal Bérubé se fait attendre. Comme quoi l'avantage de madame Charest était au moins d'être certaine depuis un moment du jour J. Pascal Bérubé n'a été "confirmé" candidat que samedi dernier (17 février). Il n'a donc pas présumé de sa victoire. De toute manière, même s'il arrive en retard sur les poteaux ça ne fera que changer un décor auquel on ne portera probablement plus attention d'ici quelques jours. À moins de graffitis!
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* J'ai pris la décision de ne plus parler de la Gaspésie comme Ma région. La dichotomie grandissante entre le Nord et le Sud m'impose tout naturellement cette séparation. Depuis la "belle" époque de Gérard D. Lévesque jusqu'à celle actuelle de Nathalie Normandeau, la Gaspésie a deux couleurs bien différentes. Celle du Nord est sombre alors qu'au Sud, malgré plusieurs difficultés, elle est plus joyeuse. La proximité du Nouveau-Brunswick, qui agrandit artificiellement le territoire de la Gaspésie Normandeau, pourrait ne pas être étrangère à la capacité de cette région à détourner de nombreux argents qui devraient être répartis à la grandeur de la Gaspésie géographique et politique (je m'expliquerai plus tard là-dessus). La Haute-Gaspésie ne devrait plus tenir compte de son appartenance à la Gaspésie parce que les grands calculateurs de subventions assis dans les bureaux considèrent que les dons de charité de madame Normandeau pour sa région immédiate doivent être comptabilisés dans la colonne Gaspésie.