Ils nous prennent pour des cons


 Salissage systématique, sur fond de rectitude politique, la campagne électorale n'a rien d'autre à nous offrir. Les grandes idées, les grands projets, les visions d'avenir, on n'en sait rien. Et, il parait que les journalistes en sont responsables. C'est l'ère du show, de l'évacuation du contenu.

Le salissage systématique


Notre intelligence est mise à rude épreuve encore une fois cette année. Plus de la moitié de la campagne est maintenant passée et les vrais débats se sont faits tasser par plusieurs épisodes de salissage prémédités. 


Par exemple, le Parti libéral déterre le passé d'un ancien toxicomane ayant volé un véhicule automobile. Jusque là, le Parti libéral pourrait avoir raison de dénoncer la chose. Sauf que le candidat en question, Éric Dorion, est considéré s'être réhabilité. Il a aussi fondé un centre d'aide et de soutien à la réadaptation qu'il dirige encore aujourd'hui. À partir de là, le signal change. L'acharnement du Parti libéral, comme de quiconque en fait ses choux gras, nous renvoie le message que les paroles sont encore bien loin des actes en ce qui concerne la réhabilitation ou, si vous préférez, la deuxième chance. Le Parti libéral nous dit ici "reste donc chez-toi, t'as un dossier, t'es un vaurien, la société n'a pas besoin de toi."  On est peut-être en train de nous dire que tous les argents consacrés aux organismes qui aident les gens à se sortir des pires situations sont assez inutiles puisque tout citoyen qui a commis une erreur reste marqué. Sauf, évidemment, si ce citoyen est un bandit issu d'un parti politique déjà au pouvoir. Lui, il bénéficiera de tous les pardons et les immunités possibles.


Ce petit exemple de mauvaise politique est devenu monnaie courante. Les véritables enjeux sont ainsi carrément évités ce qui permet aux politiciens de ne pas glisser sur des pelures de banane. 


À Radio-Canada on disait hier matin (10 mars) que ce sont probablement les journalistes qui font dévier les débats vers des sujets futiles mais payants. Apparemment que les chefs, lors de leur point de presse quotidien, abordent toujours un enjeu important. Mais, dès la période de questions, les journalistes partent en tous sens. 


Or, c'est celui qui a le micro qui décide où le débat sera orienté. Il ne serait pas très difficile pour un chef politique de dire aux journalistes délinquants de poser des questions sur ce qui vient d'être dit. Ensuite, on verra bien ce qu'écriront les journalistes. 


Je ne voterai probablement pas pour l'ADQ. J'ai promis mon vote. Mais, dans les circonstances, je n'inviterai certainement pas personnes à voter pour un Parti qui salit les autres pour mieux se positionner. Comme on me l'apprenait à la petite école, quand tu salis les autres c'est que t'as rien à montrer!


La rectitude politique


Il y a 50 ans, il y avait des tonnes de livres à l'index. Vous ne pouviez rien dire contre l'Église et il fallait être plutôt gentil envers Duplessis. Quand la Révolution tranquille a "éclaté", les leaders de l'époque n'avaient qu'une idée en tête, nous sortir de cette période de noirceur afin de libérer les forces intellectuelles, culturelles et économiques d'un Québec trop longtemps tenu dans l'étau de la pensée religieuse et petit pain.


Aujourd'hui, en quoi le Québec est-il différent de cette époque? La campagne électorale nous en donne encore une bonne idée. Ce qu'on appelle la rectitude politique, qui n'est rien d'autre que la transposition laïque des méthodes catholiques, a pris le relais et tue carrément tout ce développement intellectuel, culturel et économique pour lesquels les chantres de la liberté d'expression des années 60 s'étaient battus. 


Le Parti de l'ADQ vient de mettre dehors un autre candidat parce qu'il a dit des âneries sur les ethnies. Il est allé un peu loin peut-être. Mais, si on recule il y a plus 30 ans, on aurait ri à l'écouter. Même les juifs, qui montent maintenant aux barricades dès qu'on accroche un boudin hassidique, faisaient souvent les frais de farces plates sans que personnes ne s'en formalise. Bien sûr il y avait quelque chose d'un peu discriminant dans ce genre de discours pas toujours très drôle du reste. Vouloir éliminer ça c'est bien correct. Mais, le faire en bâillonnant la liberté d'expression ne fait que chauffer une marmite dont les ingrédients frisent souvent avec le racisme primaire. Ce racisme primaire ne peut être étouffé de force sous peine d'éclater un jour. Et, c'est ce qui se produit. Le pire c'est que le racisme primaire est inhérent à chaque individu sur cette planète. C'est quand on l'occulte qu'on le nourrit. Et un jour il commet plus de bêtises qu'il n'en aurait jamais commis s'il avait pu s'exprimer librement. Pensez-vous sérieusement que les juifs, les musulmans, les noirs ou tout autre ethnies vivant au Québec n'ont pas leurs "jokes" racistes sur les québécois? 


Cela va beaucoup trop loin actuellement. La rectitude politique empêche même quelqu'un de dire qu'il n'appuie pas les activités qui dénoncent la violence faite aux femmes. Comment se fait-il que les femmes n'aient pas compris qu'en empêchant ce discours elles empêchent premièrement la liberté d'expression et deuxièmement elles contribuent à nourrir le discours anti-féministe? Quand les paroles soulèvent un débat, quand elles font réfléchir, elles ne devraient jamais être dénoncées autrement que pour créer un débat, faire évoluer intelligemment une idée ou un comportement. Ainsi, on saurait que les gens qui dirigent les lobbies féministes (pour ne parler que de ce lobby) sont ouverts, libres et intelligents. Alors qu'actuellement leur attitude nous empêche même de démêler ce qui est carrément propos haineux des réflexions sociales.


J'ai parlé ici de la question ethnique et de la question féministe. D'abord parce que ces deux points ont donné lieu à des attaques hypocrites dans la campagne actuelle. Les libéraux essaient de nous faire croire qu'ils sont unis, pour ne pas dire uniformes, quand il faut parler de ces sujets. Il y a de quoi rire. Mais, c'est ça la politique. C'est jouer avec des concepts abstraits et faire croire que tout est véridique, concret, réel!  Ensuite, ces deux exemples sont symboliques de toute la question de la rectitude politique au Québec. 


Il y a quand même un paradoxe assez comique, pour ne pas dire loufoque. Alors que les québécois doivent mâcher et digérer la moindre de leur parole dite en publique, on retrouve tout à fait le contraire à l'école. Là, les jeunes s'en donnent à coeur joie et disent tout, TOUT, ce qui leur passe entre les deux oreilles. Et, que les professeurs n'aillent pas leur dire qu'ils sont politiquement incorrects. Ils auront sur le dos tout le cortège des possibles intervenants pour les rabrouer, à partir des opportunistes psychologues en passant par le directeur, les parents et peut-être, si ça va un peu loin, le conseil d'établissement et les commissaires d'écoles.


Il aurait été tout à fait avisé que la campagne électorale, sur fond des accommodements raisonnables, nous envoie un message clair des candidats démontrant qu'il y a des signes annonciateurs que les choses vont changer. RIEN! On sent au contraire, à partir de l'attitude des libéraux principalement, que nous continuerons à reculer sur le sujet. 


Les politiciens nous prennent pour des cons, les leaders des groupes de pression nous prennent pour des cons. Un jour, malheureusement, les cons vont réagir. L'épisode d'Hérouxville, actuellement considéré comme un cas isolé, comme les dizaines d'autres cas isolés, devrait pourtant avoir réveillé certains esprits. Il semble qu'il ait au contraire aidé plus encore  cette mauvaise intelligentsia à se camper plus fortement sur ses positions réactionnaires et, disons-le, discriminatoires et contre la liberté d'expression. Ce qui, vous en conviendrez, est tout à l'opposé de l'image de mouvements évolutifs que ces gens prétendent avoir.


Publié: dimanche - mars 11, 2007 at 10:40 AM