Victor-Lévy, Mario et Pierre


 Trois noms qui font la manchette depuis quelques temps, surtout ce matin. 

Victor-Lévy Beaulieu


Victor-Lévy Beaulieu décide de donner son appui à l'ADQ. En pays démocratique on ne devrait pas faire d'histoire avec ça. Chacun a le droit de voter pour qui il veut, quand il veut et puis faire volte-face. Mais, parce que Beaulieu est une personnalité connue et qu'il s'est toujours prononcé en faveur de l'indépendance du Québec, le tapis de la démocratie glisse sous ses pieds. Et il est tiré par nulle autre que l'écrivain Claude Jasmin, grande gueule, champion de la démocratie à sens unique, celle qui n'a qu'une voix, la sienne. Ce n'est pas la première fois que Claude Jasmin sévit. Ce n'est pas la première que, tel un cheval qui s'emballe, Claude Jasmin fonce à tête baissée sur toute personne qui critique le saint Parti québécois. En 2003, il avait écrit dans Le Devoir un article intitulé "Confession d'un gauchiste", où il fait l'apologie d'un seul parti fort pour amener le Québec vers l'indépendance allant jusqu'à vanter le silence devant les innombrables bêtises reprochées au PQ à l'époque et l'attentisme face à l'inaction de ce même PQ. 


Claude Jasmin se veut le porte-étendard de la "cause sacrée", comme il l'écrit lui-même, et pour se faire, il ouvre tout grand son dictionnaire des plus généreuses épithètes péjoratives et les lancent telle la boue au visage de quiconque "trahit" la cause.


Ce qui m'horripile dans le cas de Jasmin, et ce que je dénonce depuis toujours, c'est ce qu'un tel discours fanatique nous laisse comprendre. Comment espérer être respecté dans notre différence, comment croire qu'il n'y aura pas de chasses aux sorcières et de règlements de compte dès que le Québec sera indépendant?  Il faut le comprendre aussi dans les nombreux reproches qui sont faits actuellement aux artistes qui refusent de travailler pour la cause. 


Si un gars articulé comme Victor-Lévy Beaulieu se fait démolir par un Claude Jasmin, non moins articulé, qu'en sera t-il des ti-culs que nous sommes quand nous exprimerons simplement que ce n'était pas si pire le Canada?  Je ne suis pas surpris qu'une certaine intelligentsia du Sud nous voit comme un Cuba du Nord.


Voyez ici le lien de la réponse de Claude Jasmin à Victor-Lévy Beaulieu , le texte de l'appui de Victor-Lévy Beaulieu à l'ADQ, le texte de ce même Beaulieu qui accuse le PQ d'être le parti des Montréalistes branchés et arrogants et la réponse qu'avait eu Claude Jasmin à son texte (plus bas) dans un journal internet de gauche.


Plus bas, je vous fais le cadeau du texte complet de l'attaque en règle de Claude Jasmin du 7 mars 2003


Mario Dumont 


Tout le monde parle aujourd'hui du passage de Mario Dumont à "Tout le monde en parle" hier le 11 mars. Plusieurs y voient une belle performance mais certains y voient une quasi catastrophe. Je me situe entre les deux. 


Les idées de Mario, n'en déplaise aux "vieux" partis, sont bien loin d'être loufoques. Et, qu'il leur en déplaise encore, elles sont bien souvent près de la pensée de la population plus ordinaire, celle qu'on n'écoute que rarement.  C'est lorsqu'il exprimait ses idées que Mario était intéressant hier soir.  Le problème est venu plus tard, lors d'un coup fourré dont Lepage et Turcotte sont passés maîtres quand ils n'aiment pas, celui du tableau. Mais, au contraire de la critique négative, ce n'est pas le tableau vide de chiffre qui m'a dérangé. Les chiffres, tout le monde peut les aligner, gros et petits, étudiés ou improvisés. Il est rare qu'ils sont respectés et, à ce titre, ni le PQ ni le PLQ n'ont de leçons à faire. Qu'on pense au métro de Montréal, à la Gaspésia, au CHUM, etc, qu'on pense aux promesses chiffrés de Charest en 2003, promesses non tenues, dont celle symbolique sur les impôts,  non, ces gens-là n'ont pas de leçon à faire.


Le seul reproche que je fais à Dumont, lorsqu'il a été coincé par Lepage-Turcotte, c'est de ne pas avoir gardé son panache, sa tête haute, un peu comme l'a fait André Boisclair à cette même émission la semaine dernière. D'ailleurs, si Turcotte avait été aussi cinglant envers Boisclair qu'il l'a été envers Dumont, je ne suis pas certain qu'on aurait parlé d'une réussite dans le cas de Boisclair. Et, ce n'est pas parce que Boisclair n'a pas offert des occasions à Turcotte de se moquer de lui. Surtout par le fait que Boisclair a agi comme si Turcotte n'était tout simplement pas là. Il faut dire que depuis que Turcotte est sorti du placard, il ne manque guère une occasion pour nous asséner quelques jokes plates de couchettes homosexuelles. Boisclair aura judicieusement voulu éviter d'embarquer là-dedans


Si Dumont croit vraiment que ça ne presse pas de donner ses chiffres il doit être à l'aise avec sa décision. Hier, Dumont ne donnait pas l'impression d'être à l'aise avec sa décision. Comme s'il s'agissait d'une décision de stratèges plutôt que personnelle.


Pierre Paradis


Charest a dû avoir l'impression d'étouffer un moment hier soir. Quand il a appris ce que Pierre Paradis a dit au sujet de la santé. Selon Paradis, beaucoup de choses ont été faites, mais pas toutes, il y a encore du chemin à faire. C'est curieux que ce matin, tout le monde semble y voir une jambette à Charets. Or, le seul problème dans cette histoire c'est que Paradis dit exactement ce que devrait dire Charest et tout le monde le croirait. Car, il y aura toujours quelque chose à faire pour améliorer les services quels qu'ils soient. Paradis a dit une vérité. Charest n'a pas à s'en faire avec ça. 


Les journalistes n'avaient pas eu de petits scandales à se mettre sous la dent depuis l'histoire de Éric Dorion. Ils ont sauté sur Paradis comme si celui-ci venait de désavouer totalement son chef. Je souhaite peut-être la défaite de Charest, mais il faut être honnête en toutes circonstances. Cette fois-ci, il n'y avait vraiment pas de quoi fouetter un chat. 








VOICI LE TEXTE DE CLAUDE JASMIN DONT JE PARLE PLUS HAUT


Le Devoir

Vendredi 7 mars 2003

Confession d'un gauchiste

Claude Jasmin

Quelle bêtise, quel masochisme, quelle folie ce regroupement politique de gauchistes antipéquistes! Combien étions-nous, combien sommes-nous - écrivains, journalistes, professeurs, intellectuels --, insatisfaits des actions péquistes, à nous taire? Nous fermions, nous fermons nos gueules. Retenue utile.

Nécessaire silence. Il n'y a qu'un parti bien organisé pour faire advenir une patrie. Un seul à défendre la «cause sacrée» de la nation québécoise. Nous attendions, nous attendons qu'elle se réalise.

Ensuite viendra le temps utile pour des querelles, des chicanes idéologiques. Elles viendront et ce sera normal.

Nuisance

Jeune, j'ai milité -- d'abord pour le NPD (souvent par le truchement du Rhinocéros anti-Ottawa), puis pour le RIN, pour ceux de Parti pris, pour le socialisme; ensuite pour le MSA de René Lévesque. S'amenait enfin un vrai parti indépendantiste, bien organisé. Il n'y en a pas deux.

Combien de fois, je le confesse, je fus tenté de frapper, de gronder sévèrement? Pas par envie de semer la zizanie, parce que, parfois, des orientations péquistes me donnaient envie de hurler. Nous étions nombreux à nous taire. De sincères illuminés l'ouvrirent. S'amenait donc une bande d'impatients excités, et on a vu l'ennemi d'un Québec libre triompher aux urnes dans Mercier. Beau gâchis!

Bientôt, ce sera, il faut le craindre encore une fois, le même néfaste résultat des indépendantistes-gauchistes écervelés. Jeu de cons facile. Pauvres idiots d'une gauche-la-farouche! Romantisme niais. Fort utile aux adversaires de notre patrie québécoise. Héroïsme de pacotille. Faire ce vain jeu du critique bien lucide, des grands désappointés, c'est faire le jeu des fédéralistes. Les candides rêvasseurs de la girouette Mario-ADQ vous félicitent et les fédérats disciples charestiens vous approuvent. Ils vous enverraient des fonds électoraux si c'était permis, misérables pressés. Engeance extrêmement nuisible au seul important combat qu'il faut mener.

Sabotage

D'où vient cet aveuglement? Ce très flagrant manque de stratégie? Ces tactiques loufoques favorisent l'adversaire féroce, désormais à deux têtes: Jean Charest et Mario Dumont. Par quel entêtement stupide ces gauchistes-indépendantistes poursuivent-ils ce sabotage électoral? Il n'y a pas d'autres mots. En des temps pas si lointains, on imaginerait la RCMP infiltrer ces dynamiteurs, les encourager -- activement et clandestinement -- en ce combat suicidaire pour la patrie.

Est-il trop tard pour les supplier d'attendre encore un peu? Au moins jusqu'en 2005? Ou un peu plus? Ohé, les nécessaires furieux! La souveraineté faite, je me joindrais volontiers aux valeureux surveillants du pouvoir; nous avons l'habitude des oppositions, vrai, et c'est la bonne place des intellos progressifs.

Je ne suis pas membre du Parti québécois, je ne possède aucune carte de parti. Le seul «parti» à défendre est celui d'une patrie pour la nation québécoise. Les candides suiveux des Paul Cliche et compagnie sont-ils encore capables de réfléchir? Vont-ils se réveiller? Se sortir d'une torpeur dangereuse? Prendre conscience au plus vite qu'ils feront l'odieux jeu de tous les «traîtres» à la patrie à faire naître et dont nous serons fort capables, tous les libéraux de diverses teintes, d'en corriger les actuelles et futures orientations «tout-au-marché» conservatrices?

Quel manque de confiance en notre avenir commun! Quelle est cette sordide vitesse de coupe-jarrets de «la» cause? Pourquoi, zélotes «clichiens», vouloir ainsi «court-circuiter» les nombreux militants d'un Québec libre? Ce «pétage de plombs», cette sordide urgence -- empressement d'un gauchisme nuisible -- ne fera que retarder l'avènement du pays québécois. Pourtant souhaité par eux comme par nous tous qui sommes confiants, capables d'attendre.

Après la seule victoire qui importe, nous guetterons et combattrons les déviances, surveillerons les dérives, contrecarrerons les conservateurs... puisque, bien entendu, il y en a partout, dans les troupes de Bernard Landry comme -- davantage, ne l'oublions jamais -- dans tous les autres partis.

Masochisme?

Oui, je confesse -- et ce, depuis la première victoire de 1976 -- mes silences, mes retenues -- mon épée me démangeait comme celle de Cyrano. Je vante la patience de tant d'autres esprits critiques, je loue la saine retenue de tous ceux qui, comme moi, attendent d'abord la concrétisation d'un pays bien à nous. L'horrible jeu que mènent ces impatients pathologiques -- et, répétons-le, masochistes -- est de se faufiler (ou de diluer le vote indépendantiste) entre acharnés adversaires et vaillants défenseurs patriotes. C'est un effroyable leurre. De l'autodynamitage.

Espérons qu'il n'est pas trop tard pour les voir se ressaisir et abandonner les errements fatidiques. Les élections québécoises -- qui s'annoncent pour bientôt -- sont un moment important, capital. Les têtes de linotte ultragauchistes peuvent interrompre stupidement un cheminement crucial et qui se fait, bien entendu, dans l'inévitable tiraillement des tendances.

Personne ne peut nier qu'il y aura, face au seul parti indépendantiste, les forces d'un jeune courant bourgeois égotiste (l'ADQ) et les vieilles forces du parti férocement antipatriotes (le Parti libéral).

À vouloir installer la (stratégiquement stupide) querelle, la (complètement stérile) chicane des «gauchistes purs» et des «gauchistes lents» -- tous indépendantistes --, ce sera le tir dans le pied. Une bêtise incommensurablement déplorable. Et, plus grave, la mort -- pour longtemps? -- des aspirations fondamentales de notre nation.

J'implore donc nos progressistes de ne pas nuire. S'ils s'entêtent en cet affrontement délétère -- objectivement: contre la «cause sacrée» --, je prie les gauchistes lucides de ne pas se laisser abuser, de ne pas les rallier. De les fuir. Insistons: ils favoriseront -- par leur conne étourderie de diviseurs du vote indépendantiste -- la victoire des libéraux, rongeurs à tous les râteliers, ou de l'ADQ, l'aplatie en Torontoisie. Nos valables luttes -- anciennes et actuelles -- pour davantage de compassion humaine seront gravement retardées (Charest), voire catastrophiquement interrompues (Dumont, l'allié bourquien).

Réfléchissons bien, camarades progressistes, à quoi bon cette bataille fratricide? Répondez en vos âmes et conscience: à qui va-t-elle profiter?

Écrivains, intellectuels, artistes, professeurs, amis gauchistes du Québec, la réponse -- claire -- serait pire que néfaste.





Publié: lundi - mars 12, 2007 at 11:46 AM