mercredi - mars 14, 2007
Le débat, une analyse simple
C'est la première fois que j'écoute un débat... presque complètement. J'ai perdu le fil dans le dernier segment, celui sur l'avenir politique du Québec là où ça flottait dans des concepts plutôt abstraits, comme d'habitude. Sincèrement, sur ce point, Boisclair erre dans l'imaginaire, comme disait Dumont. Il semblait plutôt marteler un slogan sur la volonté des québécois de créer un pays alors que sur le terrain, c'est loin d'être le cas.
Y a t-il eu un gagnant? Difficile à dire. J'avoue que durant la première heure, j'ai quantifié mon appréciation. C'est Boisclair qui l'emportait avec 5 points de majorité sur Dumont et 15 points sur Charest. Mais, ce qui m'a plu de Boisclair en première partie est exactement ce qui m'a exaspéré en deuxième heure. Il s'est peut-être dit qu'il était bon, il a alors monté d'un cran son jeu qui lui donnait des allures de journaliste. Il s'est mis à interrompre sans cesse sans jamais donner la chance à son interlocuteur de répondre. Ce n'est pas un bon signe pour un futur premier ministre. C'est le signe de quelqu'un qui n'écoutera peut-être pas ceux qui le contredisent. Il a du Bernard Landry en lui!
Un autre point pour lequel j'ai donné un avantage à Boisclair en première heure, c'est qu'il m'a carrément surpris. Il n'était pas cette marionnette à cassette répétant de longues phrases pleines de mots et d'images incompréhensibles pour le simple citoyen.
Mais, son insistance à dénigrer Mario Dumont, ses nombreux "mariages" de raison avec Jean Charest, ajoutés au fait qu'il était peu question de ses propres idées ont fini par avoir raison de ma surprise du début. Encore ce matin, j'essaie de comprendre pourquoi on sentait à ce point des atomes crochus entre Boisclair et Charest. On découvrirait qu'ils ont pactisé les deux avant le débat que je n'en serais pas surpris. Les deux ont beaucoup à perdre de voir Dumont monter dans les sondages.
J'ai bien aimé Mario Dumont du début jusqu'à la fin. Même si à quelques reprises j'ai pensé qu'il aurait dû être plus agressif et faire taire Boisclair, et même si j'ai un tout petit doute sur la pertinence de son geste d'éclat dans le segment gestion de l'état et économie. Il est celui qui a le plus parler de ses idées, de son programme au point où les autres en oubliaient leur propre programme.
Un bon moment, quand il remercie Charest d'avoir adhérer à l'ADQ. Il fallait voir le sourire même de Charest.
Selon plusieurs analystes, Boisclair a coincé Dumont sur la question de la marge de manoeuvre. J'essaie de comprendre sur quoi Dumont a été coincé. Le Québec est dans le trou, tout le monde le sait, comment peut-il y avoir une marge de manoeuvre? Mais, inquiétant passage, Boisclair n'a jamais laissé Dumont s'expliquer convenablement sur ce point. Il attendait un chiffre dès le premier son de voix de Dumont. Boisclair agissait comme un journaliste qui n'aime pas les longues réponses qu'assènent habituellement les politiciens qui contournent les questions. C'est un jeu dangereux pour Boisclair qui risque maintenant de se faire servir la même potion.
La question des chiffres est probablement la plus surréalistes. Selon un journaliste de Radio-Canada, il y a eu 267 mentions de chiffres. En avez-vous retenu un seul? On insiste beaucoup sur le "vide" de chiffres de l'ADQ. Tout comme on tape aussi sur son équipe. Cela me pose question encore. Je le répète, les chiffres ça ne veut rien dire. Dans le contexte d'un budget fédéral en plus, pourquoi donner des chiffres que les candidats seront obligés de changer dès le lendemain de la présentation conservatrice? Chiffres qui changeront aussi pour celui qui sera élu? Ça, c'est vraiment du gaspille d'énergie. Pour ce qui est de l'équipe sans expérience, je me souviens aussi de ce qu'on disait de l'équipe de René Lévesque en 1976. Quand ils ont pris le pouvoir, ils ont été obligés de se virer sur un dix cents parce qu'ils ne s'attendaient pas à être élus et n'étaient donc pas prêts eux aussi. Les journalistes ne donnaient pas cher de ce gouvernement de nombrils verts.
Un autre point agaçant, c'est le martelage sur les idées nouvelles de Dumont. On critique ses idées sur l'appareil d'état, les commissions scolaires, etc.. Or, Boisclair a défendu le statu quo, main dans la main avec Charest. C'est justement le statu quo qui sclérose le Québec, c'est justement la bureaucratie qui bloque le développement économique, qui empêche la croissance des petites et moyennes entreprises. IL FAUT QUE ÇA CESSE!
Jean Charest a voulu se faire oublier et l'a presque réussi. Vers 21h00, on a senti qu'il se réveillait. Je pense qu'il s'apercevait que Boisclair était plus fort qu'il le croyait et que Dumont passait ses idées. Il est devenu un peu plus agressif envers Boisclair. Puis, quand Dumont a sorti son document sur la dégradation du viaduc de la Concorde, il a tremblé sur son socle. Il fallait lui voir les yeux. Les yeux lui ont cligné quelque peu. Puis, il a fixé Dumont, ses yeux sont devenus de braises, il a contenu une colère évidente, il a presque mis sa main sur la poitrine et jurer qu'aucun gouvernement responsable n'aurait laissé passer un tel document s'il avait été mis au courant. Je ne sais pas si beaucoup de gens ont cru Charest. Des centaines de personnes meurent chaque jour dans le monde parce que des politiciens irresponsables, bien accotés à des multinationales, taisent des problèmes sérieux. Charest n'a vraiment pas été convaincant ici. Puis, entre vous et moi, la communiqué de presse de Pierre-Marc Johnson, sortie en fin de soirée, donne l'impression d'un appel à l'aide pour venir sauver un ami! Ça ne parait pas très bien!
Verdict final
Je pense qu'il y a un perdant dans ce débat et c'est Jean Charest. Ce n'est pas le point de vue général ce matin mais bien le mien. Charest a continué à s'asseoir sur son bilan, lequel est fortement critiqué, et a très peu parlé sur ce qu'il entend faire pour améliorer la santé, l'éducation et... la marge de manoeuvre du Québec, entre autres idées qu'il aurait dû développer. En droit pénal on dirait qu'il n'a démontré aucun regret. Au contraire, il insiste pour nous dire que son gouvernement a le meilleur bilan depuis longtemps. Personne ne peut le croire là-dessus, sauf les Rouges "teindus". La plus belle preuve de ça est qu'il a fini par reconnaître sur le bout des lèvres qu'ils n'ont pas été parfaits. Cette petite reconnaissance de possible échec n'était pas là au début de la campagne. La soupe est chaude et les libéraux commencent à s'y brûler la langue...
En ce qui concerne Boisclair et Dumont, la palme du gagnant s'échange selon qu'on ait apprécié que Boisclair soit enfin capable de ne pas nous perdre dans de longues et ténébreuses réponses ou qu'on soit d'accord avec un Dumont qui ne se couche pas sur le statu quo si étouffant pour le développement économique, la sauvegarde de nos ressources humaine et naturelles.
Donc, je dis match nul entre Boisclair et Dumont et défaite de Charest.
À venir
D'ici la fin de la campagne, Boisclair devra donner des signes qu'il est capable de poser des questions, écouter les réponses sans chercher à télescoper ses propres réponses.
Dumont devra continuer à marteler ses idées de changements et à éviter de surfer trop longtemps sur l'histoire du Viaduc de la Concorde. Parce que Charest va se positionner en victime et les québécois aime bien les victimes.
Charest doit cesser de nous faire prendre "ses" vessies pour des lanternes. Par exemple, quand il dit que nous ne sommes plus les plus taxés en Amérique du Nord, c'est une parole sans fondement. Je voudrais voir quel citoyen s'est aperçu qu'il y a plus de richesse ou de pouvoir d'achat dans son budget.
Tableau de mon appréciation
Introduction
Boisclair: 90% Le plus précis, élabore plusieurs idées
Dumont: 80% Un départ mou mais se reprend sur ses idées
Charest: 75% Se maintient dans sa performance, reste trop neutre
Première heure
Boisclair: 85% Montre des signes encourageants. Pose des questions pertinentes, insiste pour avoir des réponses. Mais, développe peu ce qu'il avance.
Dumont: 80% Malgré des questions sur fond démagogique, il maintient le cap, parle de vrais enjeux. N'est pas toujours clair dans ses réponses.
Charest: 70% Où est Charest? On ne le sent pas. Il a l'air d'une lampe éteinte qui attend qu'un des deux autres allume l'interrupteur.
Deuxième heure
Boisclair: 70% Ne sort pas de son plan de match malgré les demandes de Dumont et Charest d'attendre les réponses. Ça finit par fatiguer...
Dumont: 80% On lui impute des ratés pour expliquer l'inexplicable. Pourtant, c'est là qu'il est le plus fort. Son lapin déstabilise Charest.
Charest: 75% Probablement agacé par la performance surprenante, il se réveille. Puis, Dumont lui assène une sérieuse taloche, il bouille. Enfin!
Conclusion
Pourquoi pas un gouvernement péquiste ou adéquiste, avec l'un de ces deux partis dans l'opposition et une vraie claque punitive au PLQ qui a trompé la population sur à peu près tous les sujets possibles dans son mandat de quatre ans? Boisclair joue le jeu du PLQ qui veut voir tomber l'ADQ. C'est peut-être une bien mauvaise tactique. Des partis comme le Parti libéral ont souvent besoin d'une bonne leçon pour comprendre. Le PLC le sait et risque de payer encore longtemps ses arrogances, ses tricheries, ses camouflages, son patronage systématique.