Débat d'ici, la peur et le piège à cons


  Il y aura un débat des candidats en Haute-Gaspésie. Vous le saviez? Ailleurs, on commence à faire peur au monde en parlant de Mario Dumont. Et, ce même Mario Dumont m'inspire une petite réflexion sur la culture du camouflage.

Le débat d'ici


Curieux silence sur le débat des candidats en Haute-Gaspésie qui aura lieu ce samedi 17 mars à Sainte-Anne-des-Monts. Depuis deux semaines que j'ai appris cette nouvelle, je n'en ai entendu parler nulle-part. Est-ce un silence stratégique pour empêcher de voir une trop grande foule converger vers la Maison de la culture?  Il serait bien surprenant qu'on accoure vers ce genre d'événement quand on connaît la baisse dramatique d'implication politique au Québec. Le débat des chefs, mardi, a lui même connu une baisse des cotes d'écoute par rapport aux autres années. 


Le débat d'ici sera vu en différé sur le câble au canal communautaire  de la télévision de la Haute-Gaspésie.  On ne doit pas s'attendre à un débat aussi dynamique que celui des chefs mardi soir dernier. Mais, des surprises pourraient survenir. D'abord parce qu'il est plus que probable que Nancy Charest sera sur la défensive pour défendre un bilan jugé négatif sauf à Matane. Puis Donald Grenier n'est pas connu ailleurs qu'à Les Méchins et pourrait vouloir nous servir quelques uppercut à la manière de son chef. Finalement, Pascal Bérubé attend fébrilement ce moment depuis quatre ans et ne manquera sûrement pas l'occasion de demander à Nancy Charest pourquoi on ne voit pas Nathalie Normandeau en Haute-Gaspésie avec les mêmes enveloppes que dans son coin. Ce qui pourrait donner lieu à un bon moment de Télé.


Sans vous faire une promesse formelle, je ferai mon possible pour avoir des extraits vidéos sur mon site dès que possible.


On passe en mode "faire peur"


Après avoir martelé que l'ADQ n'avait pas d'équipe, qu'il n'y avait pas de chiffres sur la table, le ton change, le ton monte. On commence à parler de Mario Dumont comme d'un petit Bush québécois. On l'avait déjà comparé à l'extrémiste raciste français Jean-Marie Le Pen. Signe évident de la frousse qui s'est emparée des "vieux" partis. Quel manque de colonne! C'est dans le pur style de la cochonnerie politique. On dénonce quelqu'un mais on apporte rien de concret, de visible pour prouver que Dumont est dans le champs. Ce ne sont que des paroles abstraites, comme si je vous disais que la lune est faite en fromage. 


Bizarrement, de les voir se démener ainsi comme des diables dans l'eau bénite me conforte encore plus dans l'appui que je donne à l'ADQ. Non pas que je vais voter pour ce parti. J'ai promis mon vote ailleurs, je vous l'ai dit. Mais, je n'aime pas les campagne de démolissage et de salissage sur fond de sophismes que l'on fait systématiquement à l'endroit de l'ADQ. En ce qui me concerne, le fait que l'ADQ propose des choses qui nous sortent enfin du statu quo bureaucratique  étouffant dans lequel nous vivons depuis plus de trente ans m'attire de plus en plus. Le seul autre parti qui me dérange le poil des bras c'est Québec solidaire, sans Françoise David... mais, ça aussi je vous l'ai déjà dit. Par contre, ce que je n'ai pas encore dit c'est ceci. Il est plus que probable, si on tient compte des appuis qu'a déjà Québec solidaire, que ce parti soit un joueur de premier plan en 2011, année probable des prochaines élections, si celles-ci ne nous conduisent pas vers un gouvernement minoritaire. Donc attention, Québec solidaire pourrait sonner le glas du Parti québécois à plus ou moins brève échéance! Personnellement, j'aimerais mieux voir disparaître le Parti libéral en premier. En tout cas, un Parti libéral dirigé par un chef conservateur qui ment plus vite que sa bouche ne parle!


La culture du camouflage


J'ai eu un doute sur la pertinence du geste de Mario Dumont quand il a sorti son document sur le viaduc de la Concorde. Ce doute s'est maintenant estompé. À voir tous les intervenants extérieurs qui se mêlent au débat, je comprend que Dumont vient de toucher une corde sensible. Dumont vient de faire une gaffe. Mais, pas celle que vous croyez. Il vient de jeter un tout petit pavé dans la grosse marre de la culture du camouflage (pour emprunter ses propres mots) qui s'est développée dans le Québec laïc depuis 40 ans mais qui est un legs direct de l'ancien Québec religieux. Donc, Dumont a bien fait.


On ne peut s'étonner de cette culture du camouflage, soutenu par une omerta elle-même renforcée par la violence des menaces souvent peu subtiles dont les syndicats, entre autres, sont les rois et maîtres (que se passe t-il actuellement à l'hôpital Honoré-Mercier où des gens qui voulaient témoigner viennent de changer d'idée?). On ne peut s'en étonner parce que ça fonctionne comme ça depuis le tout début de l'histoire du Québec. L'Église en a été, pour une bonne part, un joueur très important tout comme les gouvernements qui se sont succédés. La peur a été le moyen par excellence pour maintenir un pouvoir important sur un peuple qui avait tout ce qu'il fallait pour être attiré par la liberté. Il y avait les grands espaces et la nouveauté sauvage d'un territoire à conquérir après avoir quitter le vieux continent où l'on était souvent des parias.


Quand l'Église a pris le bord, c'est le symbole seulement qui est disparu lentement. Des gens qui faisaient peur, à l'intérieur de l'Église, tout comme des gens qui avaient LA vérité, plusieurs, après avoir défroqué officiellement (mais pas toujours intégralement) se sont retrouvés à des postes importants de décisions et de pouvoir. On ne lâche pas aussi facilement le goût du pouvoir. Ceux qui s'en rappelle n'ont qu'à penser au Cardinal Léger, obligé de s'expatrier en Afrique pendant plusieurs années parce que Monsieur Le Prince venait de prendre une débarque comme personne influente à Montréal. Imaginez-le maintenant décidant de quitter l'Église. Pensez-vous sérieusement qu'il aurait fait un serveur de restaurant?


On ne change pas aussi facilement les moeurs d'un peuple. Pensons par exemple à la Russie actuelle dont la politique est totalement calquée sur la période communisme duquel les plus vieux, et certains jeunes, ont de la difficulté à se détacher. Transposer le principe ici et vous ne verrez aucune différence.  Nous avons un long chemin à parcourir et le pavé dans la marre de Dumont le prouve très bien.


Je comprend aujourd'hui l'immense crainte des vieux routiers de la bureaucratie hermétique qui trônent sur le moindre de nos gestes depuis TROP longtemps. Je les comprend de trembler dans leur pantalon parce que ça sent l'écoeurantite aiguë depuis plusieurs années au Québec. Mario Dumont, qu'on accuse de démagogie et de populisme a bien compris ce qui se passe. Il a bien compris, par exemple, le malaise des régions, complètement délaissées au profit de Montréal, le Centre du Québec et Québec. Le malaise des régions où le moindre geste pour se sortir la tête de l'eau donne droit à une nouvelle série de réglementations oppressantes et opprimantes, particulièrement quand il s'agit de la Haute-Gaspésie. On sent la malhonnêteté bureaucratique à chacune des décisions négatives et personne ne fait rien sauf de nous dire à tous les quatre ans que les régions seront privilégiées. Foutaise!


Mario Dumont ne vient pas de Montréal. Il est né dans un village du Bas-Saint-Laurent, Cacouna, en 1970. André Boisclair est né à Montréal en 1966. Jean Charest est né à Sherbrooke en 1958.  Ceci peut vraiment expliquer cela. Le ras le bol des régions n'en est qu'à ses débuts. Mais, Montréal voit déjà venir le problème. C'est pour ça qu'on entend des voix citadines s'élever pour dénoncer le FAUX pouvoir politique que les régions ont lors des élections.  Vous pouvez d'ores et déjà être certains que quelque chose va se produire pour annihiler ce prétendu pouvoir que les régions essaient quand même actuellement de se donner. D'ailleurs, le refus de Jean Charest de se présenter au forum des élus des petites villes en est le symbole et un bien mauvais présage.


J'ai vu Robert Bourassa deux fois ici. En 1969 au Centre de ski de Ste-Anne-des-Monts  et à Cap-Chat, je pense que c'est en 1989.  Quelqu'un a t-il vu Jean Charest?


Mario Dumont, tel un castor, est en train de gruger les barreaux qui emprisonnent le Québec dans son carcan bureaucratique. Il n'en retirera probablement pas beaucoup les dividendes. Mais, il aura le mérite d'avoir dénoncé ce que les autres laissent faire. À ce titre, je comprend bien mal l'attitude (froide) de André Boisclair qui dit vouloir un nouveau pays, qui dit vouloir un Québec fort mais qui est incapable de nous donner un plan de match qui nous démontre qu'il veut nous sortir de l'étouffoir actuel. C'est normal parce que pour la plupart des péquistes le mal vient d'Ottawa. Il ne leurs vient pas à l'idée, ou du moins refusent-ils de regarder dans cette direction, que la mal du Québec c'est le Québec d'abord.  Et ce n'est certes pas le mariage de raison entre le PQ et les syndicats qui nous fera avancer dans ce domaine. 


Ce qui sauvera le PQ c'est justement de s'ouvrir à cette réalité d'un Québec sous respirateur artificiel. Le PQ sera t-il capable de reconnaître ça? J'en doute, puisqu'il est lui-même non seulement teinté de cette culture du silence, du camouflage et de la non-responsabilité (no-fault à la Payette) mais aussi coupable à bien des égards de l'engraissement bureaucratique québécois.


D'ailleurs, et je termine là-dessus, le cas du "no-fault" de Lise Payette est tout à fait caractéristique de ce qu'est devenu le Québec. Plus personne n'est imputable de rien... C'est la faute à tout le monde, donc à personne. Appelons ça un piège à cons!


Publié: jeudi - mars 15, 2007 at 03:39 PM