Crainte de représailles


J'ai sursauté à bien des égards en lisant la nouvelle à l'effet que le dépliant de Nancy Charest, reçu la semaine dernière, était truffé de faussetés. J'étais déjà au courant - c'était visible à la lecture - que les chiffres étaient gonflés. Mais, à ce point.  

Par exemple, le Parti libéral aurait donné une subvention de plus de 300 000$ à Valmont Plei-Air de Cap-Chat. Or, les deux propriétaires, Marie-Ève Godbout et Jérôme Landry répondent qu'il s'agit là de l'investissement total de l'entreprise auquel ils ont eux-mêmes contribué. La vérité est différente. Le montant réel de subvention reçu n'est que de 12 000$. Méchante différence! La question qui se pose est évidemment pourquoi? Madame Charest devait bien savoir que les gens réagiraient et diraient la vérité?


Et bien, pour comprendre la situation, il faut lire la dernière phrase de la nouvelle publiée sur Radio-Canada hier en fin d'après-midi. 


"D'autres entreprises dénoncent aussi la façon de procéder de la députée sortante pour chiffrer son bilan, mais elles refusent de parler, par crainte de représailles."


Là, je sursaute encore plus. C'est une chose TOTALEMENT inacceptable en pays démocratique. Bien que ce soit une pratique connue, encore répandue, elle reste à proscrire. 


Ici, permettez-moi d'ouvrir une parenthèse que j'ouvre chaque fois que ce genre d'occasion se présente. Combien de fois, depuis plus de 30 ans, nous sommes-nous fait dire que la politique serait bien différente si les femmes étaient au pouvoir? Dites-moi en quoi ce geste qui sent la malhonnêteté est-il différent de ce qu'ont fait les hommes depuis... toujours?


Si je comprend bien la situation, ça peut vouloir dire que Jérôme Landry et Marie-Ève Godbout ont été braves, peut-être téméraires, peut-être naïfs?


J'aime parler de la politique. Mais je n'aime pas la politique. Je parle de politique parce que ça me permet de dénoncer ce qu'il y a de plus mauvais en l'homme. Je suis un idéaliste et je crois encore en un monde meilleur. Naïf je suis, vous me direz. Mais, si on ne croit pas que les choses vont s'améliorer dans ce monde, pourquoi s'y morfondre, pourquoi y rester?


Je pense que dès qu'il s'agit de pouvoir, la très grande majorité des gens, hommes et femmes confondus, perdent tout sens critique et éthique.  C'est encore plus évident quand ces personnes n'ont pas grand-chose d'elles-mêmes à offrir. Il est impossible de ne pas mentir de temps à autre. Il y a même des raisons morales de le faire. Mais, en politique, sauf dans le cas de sécurité nationale (vraie sécurité et non celle qui nous vient actuellement de la paranoïa américaine), il est assez rare que le mensonge ait cette vertu. Quand, en plus, le mensonge se fait sur fond de menaces, il devient criminel. 


Que des entreprises soient prisonnières de l'Omerta de Madame Charest est inadmissible, pour ne pas dire intolérable. Déjà que la Haute-Gaspésie est prisonnière des hauts fonctionnaires, de quelques marchands et politiciens véreux du coin me passent de travers dans la gorge. On n'a pas besoin en plus d'un ou d'une député(e) qui use de son pouvoir malsain pour rendre la situation encore plus infecte. Ça laisse songeur, surtout après avoir entendu la députée marteler le fait qu'elle a tout essayé pour le développement de la Haute-Gaspésie mais que tout est bloqué par des fonctionnaires. Comme je l'ai déjà dit, c'est une chose facile à dire. Je ne suis pas là pour vérifier tous ses coups de téléphone, ses visites en haut lieu, ses "démarchages" personnels et ses interventions auprès de ses collègues, particulièrement la ministre Normandeau et son chef Jean Charest. Je suis là, cependant, pour voir les résultats. Et, mis à part l'usine piézoélectrique Sural de Cap-Chat, qui devait engager plus de 100 personnes et qui en engagerait à peine une vingtaine, il n'y a pas eu beaucoup d'accroissements en terme d'industries ou d'entreprises dans le coin de Sainte-Anne-des-Monts et Cap-Chat.


Judes Landry


On dira ce qu'on voudra, Judes Landry a eu raison sur plusieurs points hier, lorsqu'interrogé par des journalistes. D'abord quand il dit que peu importe le parti politique, ça ne change pas ici. 


Hier, un candidat péquiste, Guy Lelièvre, après que je lui eu rappelé que Sainte-Anne-des-Monts avait perdu un grand nombre de bureaux, et donc de fonctionnaires depuis quelques années, m'a répondu que ce sont les coupures du gouvernement Charest qui avaient conduit à cette situation. J'avais oublié une information que Judes Landry lui-même avait rappelé un peu plus tôt quand il a dit que Ste-Anne-des-Monts avait le siège social de la Commission scolaire avant que le Parti québécois ne le déménage à Gaspé. Curieusement, dans le comté même de Guy Lelièvre.


Judes Landry dénonce aussi le pacte sur l'implantation des éoliennes. Nous sommes pris avec un contrat de 20 ans. Il en reste 10 à faire. Mais, je rappelle que ça c'est déjà vu ailleurs de rouvrir un contrat. Par souci d'honnêteté et d'équité, il faudrait le faire. Il faudrait que les candidats de la région se prononcent sur la question. À tout le moins, il faudrait déjà préparer la prochaine signature et parler de rétroactivité. Bien sûr, si la menace de nous laisser en plan avec des éoliennes rouillées et obsolètes, s'effritant dans le décor,  n'est pas exécutée. Ce à quoi il faut aussi se préparer, pour deux raisons. Recevoir les argents nécessaires pour nettoyer le paysage et travailler pour que d'autres éoliennes soient implantées ici.


Je ne sais pas si Judes Landry a tenu le même discours avec Jean Charest dans l'après-midi. On le dit un peu rouge dans le coin ce qui peut donner l'idée d'adoucir ses paroles quand on est avec des amis.  Espérons qu'il soit rester le même...


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Parlant de cette visite impromptue de Jean Charest à Les Capucins (ce qui m'a fait mentir sur la visite des chefs hier), on ne peut la décrire autrement que purement électoraliste dans un contexte de panique élevée. En effet, Charest avait été apostrophé 24 heures plus tôt pour ne pas s'être présenté à une réunion des municipalités en difficulté. Il s'est aperçu (lire, ses conseillers mal branchés se sont aperçus) qu'il jouait gros en se mettant à dos un groupe aussi influent d'élus municipaux. 


Malheureusement pour la démocratie, heureusement pour Charest, sa petite démonstration opportuniste semble avoir porté fruits pour deux cas au moins, la mairesse de Ste-Anne-des-Monts, Micheline Pelletier, qui a dit que le geste de Charest avait effacé le discrédit qu'il avait jeté en ne se présentant pas au forum et le préfet de la MRC, Magella Émond qui, furieux 24 heures plus tôt se considère maintenant choyé de cette visite.  N'ayant pas entendu monsieur Émond se dire tout aussi choyé de la visite de André Boisclair, je considère donc comme politique sa réaction. 


Ce qui, convenons-en, rajoute de l'eau au moulin quand je prétend que la présence de Nancy Charest à la table de la Coalition Assez c'est assez est aussi un geste politique (peut-être) prémédité. Monsieur Émond a défendu cette décision en disant qu'elle était là pour appuyer la cause et non par opportunisme politique. Il a ajouté qu'elle avait travaillé fort pour la région depuis 4 ans. Vrai ou non, la Coalition est maintenant un mouvement politique coloré qui risque gros si le PQ entre au pouvoir.


Je me demande pourtant comment on peut arriver à raisonner comme le fait madame Pelletier. Si elle trouve que la visite de Charest efface le discrédit de son absence la veille au forum est-ce parce qu'elle considérait elle-même comme anodin ce forum, anodine l'absence de Charest?  Parce que c'est le raisonnement inverse qui s'applique ici. Si Charest ne s'est pas présenté c'est que ses conseillers, et en dernier recours lui-même, ont jugé que ce forum n'était pas important, n'en valait pas la peine. Si les maires n'avaient pas montré quelque sérieuse frustration, Charest ne serait jamais venu les rencontrer à Les Capucins. 


Alors, qu'en sera t-il quand Charest sera assis confortablement pour un autre mandat de 4 ans? Pensera t-il encore que les maires des villages en difficulté sont un poids trop insignifiant pour quitter Son Montréal et venir les rencontrer? Poser la question c'est y répondre. Même Nathalie Normandeau ne daigne pas venir ici!  Madame Pelletier et monsieur Émond se contentent de peu. Ça ne fait pas sérieux pour des personnes qui ont des revendications importantes pour la région. Vont-ils se contenter de quelques miettes et d'une poignée de main du premier ministre, s'il est libéral? 


Madame Pelletier, monsieur Émond, vous avez un mandat sérieux, important. Ne laissez pas tomber la région pour des considérations politiques. N'oubliez pas ce que je raconte plus haut. Quand on dépend des politiciens, il arrive un moment où l'on perd son droit de parole. Il y a de ces subtilités qui n'ont l'air de rien mais qui, après analyse, ont des allures de menaces! Les entreprises subventionnées ou qui attendent des subventions le savent déjà.

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LES CHIFFRES DE MADAME NANCY CHAREST TELS QUE PARUS DANS SON DÉPLIANT


Publié: samedi - mars 17, 2007 at 02:27 PM