dimanche - mars 18, 2007
Stratégies
Où s'en va la politique? Une petite réflexion à faire à huit jours des élections. Une réflexion qui n'est pas aussi inutile qu'il y parait à première vue
La stratégie de se camoufler réussira t-elle à Jean Charest? La question ne commande pas une réponse aussi simple qu'il n'y parait. Ne pas oublier, s'il-vous-plaît, que tous ces chefs sont entourés de GRANDS spécialistes de la stratégie qui leur promettent la victoire s'ils suivent leurs conseils. Voyez le topo? C'est comme la religion, si tu suis tu gagnes. Si tu ne gagnes pas c'est que tu n'as pas suivi. Voyez-vous la petite nuance dans la tournure?
Je n'ai pas dit si tu suis tu gagnes, si tu ne suis pas tu perds, mais bien si tu ne gagnes pas c'est que tu ne suis pas. La nuance est subtile. Dans le premier cas, si tu commets des fautes, tu es perdant, c'est clair et limpide. Dans le second cas, ça veut dire que même si tu as suivi à la lettre les conseils et recommandations des professionnels et que tu as quand même perdu, c'est que tu n'as pas suivi. Ils ne sont jamais responsables. Tels les prêtres d'antan, ils ont toujours raison avec un énoncé et son contraire.
En pastorale aussi on ne se trompait jamais. C'était toujours parce que tu avais dû faire quelque chose de mauvais que la réussite n'arrivait jamais. Cette petite poudre aux yeux fonctionne invariablement, jusqu'au jour où un empêcheur de tourner en rond surgit. Il faut le mater. Les gros bras sortent, comme c'est le cas en Haute-Gaspésie. Mais ça c'est une autre histoire.
Jean Charest tient une réunion à huis-clos avec les élus municipaux et quelques-uns en ressortent comme certains clients ressortent des bordels. Puis, il évite une manifestation à Rimouski.
Probablement que ses stratèges sont formels. Pas d'esclandres, pas de confrontation, allons-y pour l'attitude neutre de celui qui est convaincu de sa victoire tout en montrant que rien n'est acquis. Évitons de rencontrer les gens, finalement! Ce n'est pas une attitude de guerrier.
De mon petit bureau insignifiant, sans peinture, sans vie, comme le commun des mortels, celui qu'on qualifie de "vrai" je me demande si Charest ne s'enfarge pas sur la ligne bleu de la glace où Boisclair a décidé de patiner à fond de train. Puis, m'arrive en pleine face, le dernier sondage, le "Piquiou" est en avant. Merde, qu'est-ce que je fais, doit se dire en lui-même un Jean Charest à la merci de ses prêtres-stratèges?
C'est là où on en est rendu avec la politique étudiée, celle où il ne faut jamais faire un seul faux pas. Pourtant, il n'y aura qu'un seul gagnant. Je me demande alors pourquoi les chefs continuent à faire confiance à ces gens-là. Je prend comme exemple Mario Dumont qui décide d'y aller selon sa nature lors du dernier débat. Un contraste frappant avec le Dumont de 2003.
Jean Charest gagnerait peut-être à foutre à la porte ces Ti-Jos Connaissant. Je ne dis pas ça pour le voir gagner. Je dis ça parce que je trouve que ça fait pitié de voir que les politiciens semblent devenus incapables de penser par eux-mêmes, d'agir selon leurs principes et leur foi. Toujours et toujours, il faut suivre une planification étudiée en laboratoire. Pourtant, la vie change, les gens changent, tout change!
Je rêve de chefs politiques capables de se tenir debout et d'y aller avec leur coeur et leur logique. Les deux, quoiqu'on en pense, sont indissociables. Le commun des mortels, lui, garde son coeur d'enfant. Ne dit-on pas que les enfants perçoivent des choses que les adultes sont incapables de sentir? Ce n'est pas différent en politique. Tu peux dire ce que tu voudras dans un débat, dans une conférence de presse ou dans une interview, les gens vont d'abord se laisser impressionner par les belles paroles mais vont ensuite plonger instinctivement, inconsciemment en dedans d'eux-mêmes. Si tu es naturel, ils le devineront, toujours par instinct. Même quand ils sont "teindus" ils sauront si quelque chose cloche. Et, aujourd'hui, la connaissance des Gros Titres, la vérité parcellisée, comme dirait Henri Laborit, est offerte si rapidement, que les petites gens gobent l'information comme on bouffe un sac de chips. Ils analyseront rapidement avec leur coeur et leur tête. Ils se tromperont parfois, ils le savent. Ça leur est arrivé en 2003. Mais, tranquillement, ils apprennent. Ils gobent de plus en plus vite l'information. Et, de plus en plus vite, ils l'analysent avec leur coeur et leur tête et en concluent des choses que les stratèges n'avaient pas sur leurs papiers académiques.
La politique en est à un tournant et les seuls à ne pas s'en apercevoir et le comprendre sont... les politiciens eux-mêmes. J'aime toujours travaillé avec cette analogie religieuse. L'Église catholique n'aurait jamais connue la déchéance qu'elle connaît actuellement si elle avait écouter les signes des temps et su les interpréter. Elle s'est contentée du statu quo sécurisant et se retrouve maintenant devant un mur infranchissable. Cette même logique s'applique pour la politique. Les politiciens agissent encore comme si on était en 1950. Mais, les choses ont changé. Et elles continueront à changer.
Les stratégies politiques actuelles se basent sur une façon de faire vieillotte qui refuse de regarder la vérité en face. L'intérieur de l'être humain continue d'évoluer. Il est de moins en moins enclin à avaler les salades indigestes et préparées d'avance qu'on leur offre au menu.
Faudra t-il attendre que le taux de participation au scrutin baisse sous la barre des 20% pour voir un réveil? J'en ai bien peur. D'ici là, les gens qui iront voter, voteront de plus en plus au PIF! Ils ne voteront pas sur un bilan, ils ne voteront même pas sur des promesses. Ils voteront parce qu'ils sentent l'intégrité, la vérité et le désir profond de changer positivement le monde qui nous entoure. Que les politiciens, les vrais, refassent leur devoir, le monde nouveau est déjà en marche!