Ste-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine en proie à la peur
Ste-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine en proie à la peur
(Source: Le Soleil / Johanne Fournier) Pour Joël Côté, le 1er novembre ne marque pas seulement son élection à la mairie de Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine, en Haute-Gaspésie, mais il met fin à 18 ans de ce qu'il qualifie «de climat de terreur» exercé par l'ex-maire, James Patterson. Pendant ce temps, le garagiste George Patterson, qui détient les seules pompes à essence dans un rayon de 60 kilomètres, maintient leur fermeture pour punir la population de ne pas avoir réélu son frère.
Le conseiller défait, Jocelyn Boucher, soutient que sa municipalité est aux prises «avec le crime organisé et la corruption [...] Il y a de l'argent qui circule dans des petites valises», allègue-t-il. «Avec sa piste d'atterrissage et le golfe en face, Sainte-Madeleine est devenue une plaque tournante pour des affaires illicites», a affirmé M. Boucher au Soleil qui a passé plusieurs heures dans la localité en fin de semaine.
Rumeurs et soupçons pimentent toutes les conversations. Personne ne semble avoir porté ou voulu porter d'accusations précises ni faire appel à la Sûreté du Québec.
Le nouveau conseiller, Carol Bond, qui a défait son propre frère dans le même district, ajoute qu'«il y a de la magouille à Sainte-Madeleine. Il y a une petite mafia». Il parle, tout comme le nouveau maire Côté, de l'influence «d'un triangle» dont ferait partie l'ex-maire Patterson avec deux autres citoyens, dont un promoteur.
Le promoteur aurait notamment voulu parmi ses projets construire des chalets de luxe dans la localité mais rien n'est encore fait. Un règlement d'emprunt pour un projet a d'ailleurs été défait par l'ancien conseil.
La peur chez des citoyens
Parce qu'il a entrepris de dénoncer certaines pratiques, Jocelyn Boucher vit dans la peur des représailles. «Certains citoyens de Sainte-Madeleine ne vont jamais à la fenêtre de peur de se faire tirer, raconte-t-il. Moi, s'ils s'en prennent à moi, j'espère seulement qu'ils ne me feront pas trop souffrir.»
La peur est palpable dans cette localité de 380 habitants. La rivalité aurait atteint son comble avec la fusion municipale forcée au tournant des années 2000 des villages de Manche-d'Épée, de Madeleine-Centre et de Rivière-Madeleine. Avant même leur fusion, ces trois villages étaient à couteaux tirés sur plusieurs sujets et la fusion n'a rien arrangé, selon les confidences entendues en fin de semaine.
«J'aurais bien des choses à dire, mais comme j'ai un commerce, je ne peux pas parler», a laissé tomber Anne Synnett, la propriétaire de l'épicerie, le seul autre commerce de Sainte-Madeleine.
Une dame rencontrée dans le village et qui désire garder l'anonymat juge ridicule le fait que le garagiste Patterson ne vende plus d'essence. «Je crois que la non-réélection de son frère est seulement un prétexte, avance-t-elle. Devant l'état de délabrement des lieux, il ne devait plus être aux normes sur le plan de l'environnement et il ne veut pas investir.» Cette dernière s'empêche d'en dire davantage en invoquant la peur et confirme que c'est le cas de plusieurs personnes du village.
«Comme une dictature»
Selon le nouveau maire, Joël Côté, un professeur d'éducation physique à la polyvalente C.-E.-Pouliot de Gaspé, la municipalité de Rivière-Madeleine était gérée depuis 18 ans «comme une dictature».
Le maire défait le 1er novembre, James Patterson, se défend bien de ces accusations. «J'attendais que les choses soient réglées avant d'en parler, mais je donnais des renseignements à tout le monde qui en faisait la demande», a-t-il rétorqué au Soleil. De toutes manières, Joël Côté «est un menteur», selon M. Patterson. Ceux qui ont voté pour lui se sont fait «bourrer de menteries».
Le maire Côté a dit avoir accepté de parler au Soleil en fin de semaine «parce qu'en parlant, c'est la meilleure façon de me protéger».
À la question du Soleil à savoir si le ministère des Affaires municipales avait déjà été saisi de la situation qui prévaut à cet endroit, on n'a obtenu que des haussements d'épaules.
Le député Pascal Bérubé avait bien peu de commentaires à livrer dans ce dossier. «La fermeture des pompes à essence est la décision d'un privé, donc je ne peux pas intervenir», explique-t-il. «Par contre, si cette situation devait se prolonger, il faudrait trouver une solution avec la population, tel que mettre sur pied une coopérative avec l'aide du Centre local de développement. Pour le reste, j'ai pleinement confiance au nouveau maire.» Il précise que l'ancien maire n'a jamais fait appel à ses services.
9 novembre 2009 08:22