Le Québec dans la ligne de mire des investisseurs
Série: la ruée vers le
diamant
La Belle Province fait
saliver les investisseurs, qui rêvent d'y découvrir des diamants
nombreux et de grande taille. L'exploration coûte cher et les
résultats sont souvent décevants. Mais parfois, aussi, on tombe sur
une pierre de 2,9 carats, qui vous fait oublier toutes les petites
misères.

Les
trappeurs cris traquaient tranquillement l'ours, l'orignal et le castor dans les
monts Otish lorsque, à la fin de 2001, les hélicoptères et les
hydravions se sont multipliés dans le ciel. La ruée vers le diamant
venait d'être lancée.
"
C'était la folie furieuse, évoque Patrick Houle, géologue au
ministère des Ressources naturelles du Québec, à Chibougamau.
Jamais on n'avait vu au pays plus folle ruée, même dans les plus
belles heures de l'or. En trois mois, 52 000 titres miniers étaient
achetés, couvrant une superficie de 250 kilomètres sur 100 dans les
monts Otish. "
M. Houle compare cette
épopée à une bataille navale nouveau genre. Un clic, un " claim
": les parcelles de territoires- 46 $ par " claim " de 54 hectares au sud-
s'achetaient par Internet, avec carte de crédit. Juniors
québécoises et canadiennes, multinationales du diamant, simples
spéculateurs cliquèrent
allègrement.
C'était
l'époque des grands secrets. " Quand nous croisions un rival dans le bois,
nous lui disions: Je cherche de l'or et du cuivre, ou alors: Il n'y a vraiment
rien ici ", raconte Harold Desbiens, géologue en chef chez
Dios.
Ce qui provoqua cette folle
ruée? La découverte par Ashton Mining, à l'automne 2001, de
kimberlites, c'est-à-dire des roches dans lesquelles peuvent se trouver des
diamants.
" Le potentiel des monts
Otish s'est révélé au moment même où les prix de l'or,
du plomb, du cuivre et du zinc étaient à leur plus bas, évoque
Robert Gagnon, chargé de projet pour Dios. Il fallait trouver autre chose
et le diamant est arrivé à point nommé.
"
Le Québec est certes
présent sur le terrain, par l'intermédiaire de la Société
québécoise d'exploration minière (Soquem) et par des entreprises
minières d'ici. Les vrais gros acteurs, actionnaires majoritaires
d'entreprises canadiennes ou partenaires de premier plan sur le terrain, restent
toutefois les multinationales De Beers (associée à la
québécoise Dios) et Rio Tinto (associée à Ashton
Mining).
Dommage? Peut-être, mais
c'est inévitable. L'étape de l'exploration gobe à elle seule de
50 à 100 millions, " et dans les Territoires du Nord-Ouest, la mise en
production de chaque mine a coûté au moins un milliard. Pas une seule
entreprise junior ne peut assumer de telles frais ", résume Robert Gagnon,
chargé de projet pour
Dios.
Patience...
La
mine Ekati, dans l'Ouest, a mis 18 ans avant d'ouvrir, relève le
géologue Brooke Clements, vice-président d'Ashton (Exploration). " Au
Québec, nous explorons depuis 1995 et, dans le meilleur des cas, advenant
de spectaculaires découvertes, une mine pourrait ouvrir dans cinq ans.
C'est cependant là un scénario hautement optimiste.
"
Car ce n'est pas tout que de trouver
des kimberlites diamantifères. " Avec l'or, il suffit de trouver une bonne
veine, signale Ghislain Poirier, directeur adjoint de l'exploration à la
Société québécoise d'exploration minière. Dans le
diamant, il nous faut non seulement de fortes teneurs, mais surtout de gros
diamants. "
Alors, la coentreprise
formée à parts égales par Ashton Mining et la Soquem fore, fore
et fore encore: pas moins de 635 tonnes de roches ont été extraites du
sol en 2004, aéroportées vers LG4, puis transportées par camion
vers des laboratoires ontariens. Tout ça dans l'espoir qu'il s'y trouve au
total 300 carats. Six cents trente-cinq tonnes de roches extraites et
aéroportées pour à peine 60 grammes de diamant au final. À
peine la grosseur d'un oeuf.
À
terme, après la récolte d'énormes volumes et d'échantillons
suffisamment représentatifs, le verdict final tombera d'un grand
diamantaire européen, d'Anvers ou d'ailleurs, qui viendra confirmer que le
diamant moyen vaut 50 $ du carat, ou 100 $ ou 1509 $. C'est là, et pas
avant, qu'Ashton Mining, comme la centaine d'entreprises dans les monts Otish en
train de mener le même exercice, sauront si l'ouverture d'une mine serait
rentable ou pas.
En attendant,
Ashton/Soquem se montre toutefois encouragé par l'analyse de l'un de ses
derniers échantillons, dans lequel se trouvait un diamant de 2,9 carats.
Cette découverte portait à 28 le nombre total de diamants d'une taille
supérieure à 0,5 carat récupérés dans l'essaim
Renard.
Une autre
mini-ruée
Pendant ce temps,
certains rêvent déjà de plus gros,
ailleurs...
D'autres encore continuent
de cliquer et de jalonner des territoires. " Plus de 3000 titres miniers se sont
envolés dernièrement dans la région de Lebel-sur-Quévillon
", indique le géologue Patrick
Houle.
Selon le rapport annuel
2003-2004 de l'Institut Fraser sur le secteur minier, qui se base sur un sondage
réalisé auprès de 159 entreprises, le Québec arrive au
quatrième rang- parmi 53 pays, États américains ou provinces
canadiennes- des endroits où il est le plus intéressant d'investir.
C'est 10 rangs au-dessus de l'Afrique du Sud, où le diamant est en perte de
vitesse.
UNE USINE À
MATANE
Le
premier ministre Charest a annoncé, en juin dernier, la création du
Centre canadien de valorisation du diamant. La transformation du diamant
génère huit fois plus de retombées que l'extraction. À cet
égard, le groupe belge Diarough doit ouvrir cette année une usine de
taille à Matane.
"FAUX COMME UN
DIAMANT DU CANADA"
En 1541, à son
troisième voyage d'exploration en Amérique du Nord, Jacques Cartier
croit avoir découvert des diamants tout près de son fort de
Charlesbourg Royal, à l'extrémité de Cap aux Diamants. La
nouvelle a vite enthousiasmé le roi François 1 er et fait sensation en
France. L'ennui, c'est qu'après analyse, la chose ne se révèle
être que du quartz. Le nom de Cap Diamant est resté, tout comme
l'expression peu flatteuse " faux comme un diamant du Canada ".
Publié: Dim. - Janvier 23, 2005 at 01:41 PM