Après une prière de circonstance, je m'élance dans le vide, en enfonçant profondément dans la neige. Malgré la peur d'embrasser un végétal qui me tenaille (je suis un skieur assez intermédiaire), je ressens immédiatement l'ivresse que procure la descente dans la neige vierge. À l'instar des autres skieurs plus expérimentés, je pousse même quelques cris de joie en pleine action.

En séjournant trois jours à l'Auberge de montagne des Chic-Chocs, en Gaspésie, j'ai découvert une nouvelle passion: le ski de haute route, un sport de glisse qui combine la randonnée en montagne avec les sensations extrêmes de la descente en sous-bois. Bien connu dans les Rocheuses, le ski de haute route gagne en popularité au Québec, principalement grâce à cette auberge de la SEPAQ, qui en fait son activité vedette en hiver.

Et pour cause. Située au coeur de la Réserve faunique de Matane, à 55 km au sud de Cap-Chat, l'Auberge de montagne se trouve dans une région montagneuse où il tombe en moyenne sept mètres de neige par année! Un véritable éden blanc, où l'on retrouve une qualité de neige digne des plus hautes montagnes canadiennes.

Le ski de haute route est une activité qui s'adresse aux skieurs de niveau intermédiaire à avancé, car sur le territoire de l'auberge, les "pistes" sont en réalité des flancs de montagne qui ont été débroussaillés. Oubliez donc la coupe à blanc qui permet de glisser avec facilité dans les stations de ski. Ici, pas question de faire du chasse-neige. C'est l'aventure hors piste à son meilleur.

Toutefois, pour connaître l'euphorie de la descente, il y a un prix à payer. Dans le massif des Chic-Chocs, il n'y a guère de remontées mécaniques. Il faut donc gravir les montagnes nous-mêmes, à la sueur de notre front. Pour ce faire, on colle sous nos skis une peau de phoque anti-recul. Résultat: alors que ma première descente a duré une trentaine de minutes, il nous a fallu 1h30 pour remonter un dénivelé de 200 mètres (l'équivalent de la hauteur du mont Saint-Sauveur). Heureusement, plus on consacre d'effort pour la montée, plus on apprécie la descente.

En visite à l'auberge, les maniaques de ski, ceux qui rêvent jour et nuit d'être les premiers à fendre la poudreuse, ne veulent pas rater l'occasion de s'aventurer sur le mont Frère-du-Nicol-Albert, la Mecque du ski de montagne dans les Chic-Chocs. Au menu: un dénivelé de 300 mètres, trois domaines skiables et des "pitchs" à 35 degrés, de quoi faire saliver les plus mordus. Vu la distance séparant le mont de l'auberge (5 km), il faut y consacrer une journée entière.

Au sommet du Frère-du-Nicol-Albert, personne n'est déçu. Les conditions de neige sont idylliques. C'est du "champagne powder", s'exclame notre guide Luc Robichaux. Bien que la première descente ne dure qu'une quinzaine de minutes, personne ne rechigne à remettre les peaux de phoque pour grimper la montagne à nouveau. Quand on sent l'appel de la poudreuse, seule la fatigue extrême peut vous arrêter.

À la suite d'une telle journée, l'après-ski est sublime. Même si elle est perdue au coeur de la forêt - comme l'hôtel dans le film The Shining -, l'Auberge de montagne offre tout le confort d'un cinq-étoiles. Une visite dans le sauna et le spa extérieur permet de soulager les muscles endoloris. Et en soirée, la cuisine divine mettant à l'honneur les produits gaspésiens est revigorante à souhait.

Dans cet écolodge, toutes les excursions en ski de haute route sont guidées et l'équipement est fourni (skis, bottes, bâtons, radio émetteur-récepteur et appareil de recherche de victimes d'avalanche). Quand on a goûté au plaisir de skier dans la poudreuse, il devient difficile de s'en passer. C'est une véritable drogue. Quand aurais-je ma prochaine dose?

Tout savoir sur l'auberge
Simon Diotte, collaboration spéciale

Les forfaits à l'Auberge de montagne incluent le transport à partir de Cap-Chat (20 km en minibus, puis 35 km dans un véhicule à chenilles), l'hébergement, les repas et les collations, les services de guide, ainsi que l'équipement de plein air (ski de haute route, raquette, ski Méta) et de sécurité.

Tous les clients de l'Auberge arrivent et repartent en même temps, pour un séjour de trois ou quatre nuits. Une fois sur place, il est impossible de quitter les lieux avant la fin de votre séjour. À noter que les chambres ne possèdent pas de télévision, ni de téléphone. L'atmosphère de l'endroit se veut conviviale. Tout le monde mange en même temps à des grandes tables. Les guides se joignent également aux discussions. L'Auberge de montagne a ouvert ses portes en décembre 2005. La SEPAQ travaille déjà à la planification de la phase II. L'Auberge fermera ses portes pour la saison hivernale le 7 avril. Elle ouvrira à nouveau le 20 juin jusqu'à 13 octobre pour la saison estivale.