Les coupes d'Ottawa sèment la grogne en Gaspésie
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Les meneurs socio-économiques se demandent quelle mouche pique le gouvernement de Stephen Harper puisque c’est depuis son accession au pouvoir que les coupes d’Ottawa s’intensifient en Gaspésie et dans d’autres régions du Québec, au point où le ministre du Développement économique Raymond Bachand a fait une vigoureuse sortie il y a trois semaines.
D’ici 2010, les organismes sans but lucratif à vocation économique devront se passer des fonds récurrents de Développement économique Canada (DEC). Ce même ministère vient de couper 500 000 $ dans l’ensemble des sociétés d’aide au développement de la collectivité de la Gaspésie, et 300 000 $ spécifiquement à la SADC de la baie des Chaleurs. C’est 30 % de son budget.
En outre, le ministère fédéral des Pêches et des Océans reconduit un budget annuel nettement insuffisant pour assurer l’entretien des havres de pêche québécois, au point où plusieurs d’entre eux sont fermés ou remplacés par des quais flottants.
Ce même ministère piétine, 19 mois après la tenue d’un sommet sur les pêches québécoises. Il n’a toujours pas affiché ses couleurs en matière de rachat de permis de capture de homard en Gaspésie, une juridiction fédérale pourtant, alors que le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec a débloqué 4,8 millions $ de prêts en avril.
Plusieurs quais commerciaux de Transports Canada tombent aussi en lambeaux et sont fermés, en tout ou en partie. La décontamination du quai de Gaspé et de son accès stagne depuis six ans.
Ottawa a coupé de 1,2 million $ à 600 000 $ le budget d’emploi étudiant en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, même s’il s’agit d’un moyen connu pour lier les jeunes et leur région.
Des incertitudes dans l’éolien
Le retrait de DEC du financement des organismes économiques crée de l’incertitude au Technocentre éolien de la Gaspésie, parce que l’argent d’Ottawa, 600 000 $ par an de 2005 à 2010, constitue 50 % de son budget annuel, incluant le centre de recherche Corus à Murdochville.
Les deux missions du Techno- centre, faire naître une industrie de fabrication et un secteur de recherche à l’avant-garde, seront fragilisées par la décision d’Ottawa.
«Ça déstabilise notre volonté de prendre les devants. La filière éolienne est jeune. Notre travail ne fait que débuter. Nous devons d’une part détecter des occasions d’affaires pour les entreprises existantes et en attirer d’autres. Mais nous devrons trouver des sous, alors que notre travail est ailleurs. En recherche, nous avons tout juste complété la formation de l’équipe de Redouane (Megatelli), un docteur en génie des matériaux, qui œuvre avec cinq autres ingénieurs. Ça (le retrait de DEC) crée de l’instabilité pour les ressources humaines», précise André Lemieux, directeur du Technocentre éolien.
L’autofinancement de l’organisme s’établit à 10 % et sa direction savait qu’il devait être haussé, mais aucune cible n’avait été arrêtée par DEC. M. Lemieux dit qu’il est ardu de demander à une jeune industrie de combler le vide financier et il fera aussi le tour d’autres organismes gouvernementaux.
Avant le remaniement de mercredi, le président de la Conférence régionale des élus Gaspésie–les-Îles Bertrand Berger, a demandé le départ du ministre de Développement économique Canada, Jean-Pierre Blackburn, «parce qu’il est seul à avoir le pas même si ses décisions sont décriées partout».
Le député bloquiste de Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, Raynald Blais, estime qu’en plus d’afficher «de l’incompréhension pour les enjeux régionaux», le gouvernement fédéral montre «carrément un manque de volonté. Ils savent ce qui se passe. C’est pas nouveau, c’est bien documenté, les gens des régions ont fait les représentations à Ottawa. Mais la réponse ne vient pas, ou elle vient d’une autre façon, comme pour le (sauvetage du) train il y a un an. On a tout simplement pris l’enveloppe du budget régulier».
À Ottawa, «le Canada, c’est cinq régions. Le Québec est une région; les spécificités leur échappent (...). Avec ce gouvernement conservateur, c’est sciemment qu’ils le font. Il n’est pas là pour soutenir le marché de l’emploi. Le Canada va très bien économiquement. “Si vous avez des difficultés, allez en Alberta.” C’est comme ça qu’ils pensent», dit M. Blais.
Il rappelle que les ponctions des conservateurs à l’assurance emploi et l’abolition de la déduction fiscale pour région éloignée ont privé la Gaspésie de plus d’un milliard de dollars depuis 18 ans.
Préférant parler de ses fonctions à Développement économique Canada, le ministre Jean-Pierre Blackburn note que 86 % des 200 millions $ de son budget annuel étaient consacrés aux organismes sans but lucratif et aux SADC, ce qui laissait 28 millions $ «pour faire du développement».
Il n’exclut pas une réinjection de fonds dans un organisme comme le Technocentre éolien après le 1er avril 2010 mais «ce sera projet par projet» que l’évaluation sera réalisée.
Sa nouvelle approche dégagera de 30 à 35 millions $ annuellement pour appuyer des projets spécifiques plutôt que des organismes. «C’est un changement d’orientation, de culture», pour briser la tendance «ils vont avoir de l’argent à vie».

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